Zemmour toujours

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Zemmour. Si le nom hérisse bien des poils, ma nature à tendance imberbe me permet d’évoquer l’animal sans être confronté à quelque désagrément capillaire que ce soit. Il y aurait sans doute de quoi, en tout cas, il y a tant à dire. Je prends comme toujours le parti d’en rire, l’humour faisant passer bien des pilules que je crois contraceptives à la niaiserie galopante.

Zemmour donc. Zemmour encore. Zemmour toujours. Il faut dire que l’exposition médiatique ne l’effraie pas, et c’est tant mieux. De chroniques véhémentes (remarquablement écrites, au passage) en interventions toujours trop longues mais jamais inintéressantes, le journaliste au Figaro a su se créer une place à l’ombre d’un PAF bien atone. Alors je le dis sans sourciller : voir un artiste acculturé, niais, et dont la bien-pensance frise l’obésité, se faire franchement démolir sur place, qui plus est en pleine campagne de promotion : quel pied ! Les fidèles d’On n’est pas couché sauront de quoi je parle. Qu’il fut bon voire jouissif, oui madame vous devriez essayer, de contempler le vide abyssal d’un album de Raphaël empli soudain d’une critique acide et qui vise juste. Certes, cette critique est toujours la même : notre Zorro des média fustige tantôt la bien-pensance, tantôt la bien-pensance, tantôt la bien-pensance. Certes.

Mais le problème est inverse : c’est la sphère auto-proclamée artistique qui tend l’autre joue, en vomissant sa médiocrité à la face de notre pauvre Éric, érigé en critique d’un soir, et quel soir ! Bref, comment reprocher à Éric de ne point varier en critique, lorsque l’on ne varie point en sottise ? Autre élément important, on pourrait croire que Zemmour, par sa critique des faux rebelles, voudrait faire comprendre que lui en est un. C’est une tactique éculée et pourtant encore employée par Alain Soral, mais chut, ne lui dites point, car sans ses diatribes c’en serait fini de ma manne humoristique quotidienne. Chez Zemmour, il n’en est rien. La critique n’a d’autre but que de renvoyer à leurs chères études nos révolutionnaires du dimanche. L’insincérité n’est en aucun cas un procès que l’on peut faire à Riri l’étourneau, surnom dont le copyright ne m’appartient pas. Oui, tu le sais, toi spectateur du talk show de Ruquier, toi qui n’a pas supporté l’arrivée d’Audrey et Natacha, critiques multifonction version La Redoute.

Toutefois, il convient de mettre en lumière les défauts du Lucky Luke du PAF. Car ils existent, et ressortent à mon goût de plus en plus au fil des plateaux télé. Tout d’abord, mon intellect brillant s’est ému du fait qu’Éric commence nombre de ses phrases par « ça fait vingt ans » ou même « ça fait trente ans ». Voilà qui n’est pas des plus précis, jamais relevé, mais contribue à renforcer le flou que le tourbillon de parole de Zemmour entretient parfois. Si, en lecteurs dociles que vous êtes, vous voulez tester ma précédente remarque, le visionnage de quelques vidéos devrait suffire à vous convaincre. Dans le cas contraire, je me verrais dans l’obligation de vous inscrire d’office sur la liste des candidats au concours du cerveau le plus lent de France. Le vainqueur des éditions 2012 et 2013 étant Michael Vendetta.

La pensée Zemmourienne est cultivée, mais attendue. Si elle n’est jamais prise en défaut de cohérence, c’est qu’elle pourrait se résumer en un paragraphe de trois lignes. C’est un système qui se mord une queue, celle-ci démarrant d’ailleurs bien près de la tête. Il suffit dès lors de s’y être habitué pour en déjouer les pièges évidents. Mais pour ce faire, encore faut-il une culture dépassant le niveau commercial vendu par n’importe quel rayon livre, de BHL à Marc Lévy. Je n’ai en ma mémoire que deux exemples d’un tel stratagème : Vincent Peillon et Tarik Ramadan, lorsqu’ils furent invités chez Ruquier. Zemmour fut clairement mis face à ses contradictions, que ses « depuis vingt ans » furent impuissants à contourner.

Autre reproche, la caricature. C’est sans aucun doute une conséquence du systématisme que nous avons évoqué avec un brio que tu m’envies, lecteur. Ne mens pas, ton filet de bave ébahi devant tant de talent t’a trahi. Ferme la bouche et écoute, c’est bientôt fini. La caricature, disais-je. Oui, la caricature est un travers dans lequel tombe allègrement Zemmour, comme un Nazi devant un bol de kippas*. Éric caricature Zemmour. Dès qu’il est pris par le temps, ou pour rebondir sur un trait quelconque d’un invité non moins quelconque, Éric cède à la facilité. Dans l’émission Arrêt sur Image, il avait soutenu qu’il était normal que des minorités soient discriminées à l’accès au logement « car la vie est comme ça, injuste ». C’est comme moi après quelques gouttes de Vodka Blue en trop : ça ne tient pas debout. Il lui arrive même de proférer des inepties en parlant sur de sujets qu’il ne maitrise pas. Un peu comme si Nadine Morano se mettait à parler politique… oh, wait. Je me souviens notamment, de son face-à-face houleux avec Augustin Legrand sur la question des mal-logés, ou sa méconnaissance du sujet fut épinglée.

Pour résumer, Zemmour, est bon, il est même très bon quand il le veut, qu’il n’est pas pressé par le temps, ou autres contraintes télévisuelles tel qu’un invité ignare comme Cali. Mais son schéma de pensée est un labyrinthe trop simple et sans issue, dont la visite est faite le temps d’une émission. La rigueur n’est pas toujours de mise, les cibles ne varient point, et Éric a tendance à caricaturer pour être compris. Il le reconnaît volontiers d’ailleurs. Il joue la carte du conservatisme traditionnel à fond, et au fond, c’est peut-être ça qui me dérange. Cette impression désagréable qu’il joue effectivement une carte, qu’il est devenu une marque de fabrique. Peu importe le fond, c’est du Zemmour, promesse d’une houle soutenue tout au long de l’émission. Je regrette qu’en définitive, les interventions de Zemmour servent désormais d’exutoire à une ribambelle d’incultes décérébrés, qui croient avoir trouvé en lui l’apôtre que leur triste vie attendait, pour pouvoir enfin crier en paix : « dehors les pas comme nous « , « c’était mieux avant » etc… D’empêcheur de penser en rond, Zemmour en serait presque devenu empêcheur de penser.

Mes détracteurs sauront sans doute reconnaître que j’ai tenté de livrer une critique honnête d’Éric Zemmour, moi qui ne partage peu de ses convictions. Et pour mes autres détracteurs, ceux qui ne m’accorderont pas même cela, je leur ai déjà indiqué à quel concours il leur fallait s’inscrire.

*Cette blague vaseuse m’a été imposée par l’amicale des Fans de Pierre Desproges, qui, en plus d’avoir le même prénom que moi, a le talent de prouver qu’en humour, choquer est un devoir, et interdire censure.

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