Des bleus à l’âme

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Comme un décalage. Dieux du stade contre vieux du stade. C’est le curieux mais prévisible sentiment qui m’anime, ou plutôt me réanime en ce coeur de week-end sportivement alcoolisé. Nos bleus, ceux au ballon délicieusement ovale comme ceux au ballon désespérément rond, nos bleus donc foulaient la pelouse hier et aujourd’hui. Avec les résultats qu’on sait. Défaite au goût amer en Ukraine pour nos footballeurs, victoire modérée mais victoire tout de même pour nos dieux du stade face aux Tongas.

Oh, je sais. La critique est facile, le parallèle encore plus. Je ne m’en remettrai donc qu’à mon talent de plume pour faire croire au lecteur un peu sot que tu es, que cette chronique est digne d’un quelconque intérêt. Pour dire quoi ? Mon malaise. Mon malaise de voir un sport se caricaturer. N’y voyez aucun dérangement de ma part, j’ai toujours préféré l’ovalie. C’est un constat, rien qu’un constat. Notre équipe de football n’en est pas une, et ne fait plus rêver personne. Même Christian Jeanpierre a toutes les peines du monde à tenter de faire croire, retransmission après retransmission, qu’une âme vit quelque part sous ces crêtes affublées d’un maillot bleu.

Que peut bien signifier la France pour eux ? Voilà la question que se posent tous les supporters, tous les commentateurs. À l’exception de Christian Jeanpierre, toujours lui. Quoique. Mais j’ai envie de voir au-delà. J’ai envie de voir au-delà de nos immatures millionnaires. J’ai envie de vous dire que c’est le football en tant que sport qui est malade.

Que d’indulgence pour cette caricature de sport, où respect est un vain mot. Depuis plusieurs années, de mon vaste canapé, siège de bien des émotions, je me demande comment l’on peut décemment se dire supporter de foot. Au fond, c’est quoi le foot ?

C’est onze mecs, payés comme s’ils sauvaient des vies chaque jour, qui ont oublié le mot éducation.

C’est onze mecs qu’une poussette suffit à faire voler et planer dans les airs pendant de longues secondes, précédant les minutes où leur talent d’acteur s’exprime par un art du roulé-boulé que peu maitrisent de la sorte.

C’est onze mecs qui s’insultent au sein de l’équipe, qui se jalousent. Voyez les réactions d’après but, les joueurs lèvent automatiquement les bras au ciel en rejetant à grands cris la faute sur un coéquipier qui, avec un peu de solidarité, devrait être un camarade.

C’est aussi onze mecs qui insultent les onze mecs d’en face. Oh, on se bat rarement, à l’inverse du rugby. Pensez-vous, du courage… Je n’ose même prononcer le mot face à un ballon rond.

C’est onze mecs qui insultent un arbitre. Habillé de noir, il porte ainsi le deuil de Solidarité, Esprit d’équipe, Culture, Education, et bien souvent Intelligence.

C’est somme toute onze mecs qui multiplient les coups bas, les simulations, les réactions égoïstes et puériles. Mais l’art de la multiplication leur devient étranger lorsqu’il s’agit de sourire. On ne compte plus le nombre d’incidents avec les supporters. Ils se retranchent derrière les vitres épaisses de leurs berlines indécentes, et en sortent de temps en temps pour refiler une paire de baffe à un gamin commettant l’outrage de toucher le divin objet motorisé.

C’est onze mecs qui sont tellement timides qu’ils n’osent pas chanter en public. Alors imaginez quand retentit la marseillaise, ou n’importe quel autre hymne. Ah, en passant, c’est le seul sport où l’on siffle parfois l’hymne adverse. Quitte à pourrir tous les compartiments d’un sport qui n’en est pas un, autant le faire jusqu’au bout.

Comment voulez-vous que cette purge de civisme qu’est le football n’engendre pas de violence ? Je prie les fans de football de m’en excuser, mais regarder un match est d’une violence extrême. Il n’y a pas de hasard. Aucun hasard même. Quelle leçon un gamin sans trop de repères éducatifs retiendra-t-il après 90 minutes devant sa télévision ? Je me souviens être passé à vélo devant un stade de football municipal, non loin de Paris, un dimanche matin. Jour d’entrainement pour les poussins et les benjamins. Ce que je vis me révulsa : ils se dirigeaient un à un vers un bus, casque sur les oreilles, d’une démarche non naturelle qui tentait d’imiter celle des professionnels. Les visages étaient fermés et durs, personne ne se parlait, et les chewing-gums finissaient tous par terre ou presque. Je fais des clichés ? C’est que je vous l’ai dit, pour moi, il n’y a pas de hasard.

Alors pourquoi le cirque continue-t-il ? Eh bien ma foi, parce que le football, c’est aussi onze mecs surpayés qui génèrent des millions, et vendent au prix de places assises du rêve à des gens sous-payés. Un business, un lutte des classes tellement grotesque qu’elle convaincrait n’importe quel fervent lecteur des pages saumon du Figaro de passer le restant de ses jours sur le plateau du Larzac, à l’ombre de la moustache de notre José national.

Je ne suis pas de ceux qui dressent le parallèle avec le rugby en oubliant les dérives de ce dernier. J’exècre les querelles de clochers ridicules qui secouent notre Top 14, et les coups de poing échangés ne sont pas un exemple non plus. Mais on ne pourra que relever la différence criarde avec le football que nous offrent tous les week-ends les stades de rugby, où l’on chante tous ensemble, où l’on rit, où l’on vient en famille, où l’on fait la fête.

Juste un constat : on a le même maillot, on n’a pas la même passion.

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Une réflexion sur “Des bleus à l’âme

  1. Même si la critique est aisée, le manque (l’absence?) d’entrain quand vient le temps de chanter la Marseillaise et les mines déconfites des joueurs ne font qu’accentuer le constat que le foot ne fait plus rêver grand monde. Mis à part les fanas inconditionnels, qui se raccrochent à une gloire perdue comme on s’accroche à une série. On continue de la regarder par principe ,même si l’on ne s’attend plus à grand chose.

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