Le racisme, c’est mal

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Tu sais, lecteur, combien les neurones se font rares dans ce qui me sert de cerveau. Alors quand j’arrive à comprendre quelques mots à la volée, c’est que ceux-ci confinent généralement à la simplicité. Je suis donc un homme comblé, en ce jour de marche contre le racisme.

Entre 3900 et 25000 personnes ont battu le pavé de Paris pour dénoncer le racisme. Marche qui fait référence à une autre marche anti-raciste qui avait eu lieu voici trente ans, quand Nicolas 1er jouait les démineurs à Neuilly, quand Eric Besson était de gauche, et qu’Harlem Désir possédait déjà ce talent irrésistible qu’on lui connait à enfoncer des portes qu’il a lui même ouvertes.

Je suis comblé, vous dis-je, car enfin j’ai compris ce qu’on m’a dit : le racisme, c’est mal. Enfin un message qui saura faire avancer les choses. Dès demain, j’en suis certain, les racistes se repentiront, et feront voeu d’abstinence en embrassant la main de SOS Racisme. Dès la semaine prochaine, plus personne ne touchera à ton pote, qui d’ailleurs sera mon pote, et notre pote à tous.

Soyons sérieux un instant.

Voilà l’instant est passé. Quel douillet entre soi que cette marche de convaincus à destination des convaincus ! Loin de moi l’idée de dénigrer les participants à l’événement. La bonne volonté d’une immense majorité d’entre eux n’est en aucun cas ici remise en cause. Mais tu me permettras, lecteur presque intelligent, de trouver le procédé à tout le moins étrange. On commémore une marche du même type il y a trente ans. Fort bien. Mais si une nouvelle marche est nécessaire, peut-être le mouvement anti-raciste pourrait s’octroyer un temps de réflexion et d’autocritique. On l’a vu dans l’actualité récente, des pas qui n’avaient jamais été franchis ont été franchis. Et pourtant, on applique la même méthode, en marchant, en montrant des muscles atrophiés face à une conscience raciste toujours présente.

Oui, le racisme est un mal à combattre. Non, ce genre de marche ne combat pas, puisqu’elle n’entend pas convaincre. Dire que le racisme, c’est mal est loin d’être suffisant, et à mon sens, contre-productif. Comme l’est également l’aseptisation du débat public qui bannit des auteurs/humoristes etc. sulfureux. Qui allez-vous donc éduquer, convaincre, ou à tout le moins faire penser, en raisonnant ainsi ? Une personne dépourvue d’éducation politique, qui se trouverait dans la difficulté de résister à une part inconsciente raciste de son être, sera-t-elle convaincue par « le racisme c’est mal » ?

J’en doute fort. Et j’estime que c’est là toute l’erreur de l’anti-racisme. Il apparaît que la meilleure arme face au racisme se nomme humilité. Cela évite de prétendre tirer des bilans hâtifs autocongratulatoires, et d’asséner de grands principes qui hormis une dose d’autosatisfaction, n’apportent rien au débat. Cela permet surtout de comprendre le raisonnement raciste, préalable nécessaire à toute volonté affichée de changer ce raisonnement. Les grandes condamnations qui s’appuient sur des leçons bien apprises et mal données depuis trente ans méprisent l’humilité nécessaire à tout changement en profondeur d’une conscience raciste. Brice de Neuilly m’en est témoin.

Peut-être faudrait-il pour cela reconnaître que la lutte anti-raciste a en partie échoué. Les raisons de cet échec sont sujettes à débat. Sans doute y a-t-il eu beaucoup de sincérité dans ce mouvement, sans doute y-a-t-il eu aussi beaucoup d’instrumentalisation politique à la chose. Le prix de cette instrumentalisation nous revient aujourd’hui à la face comme un boomerang que nous, anti-racistes, avons lancé de bon coeur il y a de cela trente ans.

Sortons de l’hibernation dans laquelle les dialogues entre personnes bienséantes nous ont plongés. Allons à la rencontre de la France raciste. Prenons le problème à bras le corps. La démocratie, qui devrait être l’antre des opinions les plus variées, apparaît comme terrorisée face à la pensée raciste, en évitant soigneusement d’embrasser un débat frontal. Invitons les Soral, les Dieudonné, sur les plateaux de télévision. Opposons-leur des arguments, aiguisons les, ornons-les d’humour, qui je le crois, mérite une entière liberté pour combattre la pensée raciste. Refusons ce recroquevillement intellectuel faussement salvateur qui dénonce et refuse de voir.

Le racisme mérite un combat. Une démocratie, armée d’une Justice pour laquelle le racisme est un délit, ne devrait pas avoir peur de mener cette lutte. Alors certes la chose est ardue. Il faut pour cela abandonner les indignations automatiques qui font le lit du communautarisme. Il faut abandonner la facilité de l’entre soi pour la rudesse de l’argumentaire.

Le courage n’est pas raciste. Dès lors, nous pouvons tous en faire preuve.

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2 réflexions sur “Le racisme, c’est mal

  1. Le vrai « racisme » (je dis bien « vrai » car le mot est employé à la pelle aujourd’hui) mérite un combat mais aucunement une marche qui au final aura simplement irrité les passants.

    • Irrité je ne sais pas. Au mieux suscité l’indifférence. Reste que nous somme d’accord: aucun intérêt. Pire, certains s’en satisfont comme de la bonne action du mois…

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