Patrick Cohen, garde des sots

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Que les sots de Gaule et de Navarre se rassurent, en Patrick Cohen ils ont trouvé un sot plus grand qu’eux. Un sot princier. Un sot royal. Un sot papal. Un sot de plage. Le journaliste vedette de France Inter s’est fendu d’une réponse à Daniel Schneidermann, qui l’avait pris à parti pour son choix de ne pas inviter « les proscrits ». J’ose espérer que la plume du divin Cohen n’était point sobre au jour de l’écriture, sans quoi je me ferai raison, et qualifierai le raisonnement de cet homme de pauvre et sans nuance.

Rappelons les faits brièvement. Autour de la table bien mise de « C à Vous », Patrick avait cru bon d’interpeller Frédéric Taddeï : «Vous invitez des gens que l’on n’entend pas ailleurs, mais aussi des gens que les autres médias n’ont pas forcément envie d’entendre, que vous êtes le seul à inviter.» Et de demander à l’animateur de Ce soir ou jamais s’il comptait continuer d’inviter ces « gens ». La réponse de Frédéric Taddeï cingle : « Vous voulez que je vous fasse la liste des ministres condamnés, y compris pour racisme, que vous avez reçus dans votre émission de radio ?». Il n’en faut pas plus pour désarmer l’argumentaire sur pilotis de notre censeur en chef, qui offre une répartie dont chacun pourra apprécier l’étincelante qualité: « Y en a pas beaucoup ». Ou comment discuter avec un mur de vide. On notera pour finir la grande valeur intellectuelle de l’argument qui consiste à fustiger une action sous prétexte de sa singularité. Quel grand esprit créateur vous devez avoir, mon cher Patrick. Vous ne sortez pas du rang, vous les dessinez à votre mesure. Quelle triste perspective, dans laquelle seule médiocrité peut se complaire.

Voilà pour le rappel, qui somme toute, pourrait se suffire à lui-même. Seulement voilà, Patrick souffre d’être vilipendé de toutes parts pour ses prises de positions. Voilà qui méritait une réponse. Il s’y dit effaré par les propos de Daniel Schneidermann. Eh bien, cher Patrick, vous avez l’effarement bien long, puisque ces propos datent du 7 mars 2013. Votre réactivité impressionne. Mais il est vrai que vous nous aviez déjà donné un aperçu de votre répartie légendairement légendaire, lors de votre échange avec Mister Taddeï.

Pis encore. Patrick Cohen se sent attaqué par Daniel Schneidermann vis-à-vis de sa potentielle appartenance à la communauté juive. S’en suit un couplet fort déplacé, où l’occurrence « juif » revient à 12 reprises. Patrick Cohen grossit tous les traits que sa plume malhabile découvre, pour se dépeindre en parfait bouc-émissaire des opposants au prétendu lobby juif. Citons l’extrait en question : « Car, c’est bien connu, le juif est fourbe, ses indignations sont sélectives, et ses compassions, purement communautaires. Il ne supporte pas qu’on dise des « choses désagréables » sur sa communauté, il a inscrit sur une « liste noire » un « humoriste » (Dieudonné) et un « publiciste inclassable » (Soral, inclassable ?), il se prive d’ »invités intéressants » (pour débattre de quoi ?) « parce qu’ils ont contrevenu à un dogme » (lequel ? la Shoah ou la loi qui réprime sa négation ?). Bref, voici un juif pris la main dans le sac de son lobby ». Et de conclure, d’une plume geignarde et ridicule : « le plus simple serait de rétablir le port de l’étoile jaune ». J’hésite entre mauvaise foi et bêtise pure pour qualifier ce genre d’argumentaire. Car entendons-nous bien, jamais Daniel Schneidermann ne centre la question sur ce débat. Il parle service public, métier de journaliste, liberté d’expression. C’est Patrick Cohen qui s’engage sur le terrain glissant de la question de sa judaïcité, tout seul, comme un grand. Alors, une bonne fois pour toutes, en mots vulgaires : Patrick, je me fous que tu sois juif ou non, catholique ou non, musulman ou non. Ça ne change rien à la saveur, pardon la fadeur, de tes propos. C’est blanche kippa et kippa blanche.

Mais éclairons la lanterne embourbée de notre Patrick national. Oui, Soral peut être taxé d’inclassable. Loin d’être un défenseur de l’homme et de ses thèses (mes articles en témoignent, puisqu’il faut montrer patte blanche pour éviter l’accusation d’antisémitisme), son parcours intellectuel le fait déroger aux schémas fades et balisés qui se succèdent à votre micro sur France Inter. Il est évident que pour vous, la messe est dite. Soral vous apparaît comme occupant une case bien précise de votre échiquier intellectuel. Eh bien, au lieu de poser une question rhétorique (« Soral inclassable ? »), peut-être auriez-vous mieux fait d’aller au fond de votre pensée, respectable au demeurant. On appelle cela au pire de l’honnêteté, au mieux du courage. Mais continuons. Vous vous interrogez : « pour débattre de quoi ? ». Vous tendez là le bât pour vous faire battre. Cela tombe bien, je suis aujourd’hui d’humeur bagarreuse. On peut ne point partager les vues d’un Ramadan, d’un Soral, ou d’un Dieudonné dans son costume d’homme politique. C’est bien souvent mon cas, voyez-vous. Mais on ne peut, sous peine d’entrée triomphale au panthéon des décérébrés ambulants, arguer qu’un débat avec eux ne peut exister, faute de sujet adéquat. Patrick, répétez après moi : Laïcité, République, Islam, Impérialisme, Histoire de France. Voilà, vous les avez, vos sujets. Et je suis certain qu’avec un peu d’application, vous parviendrez à en découvrir d’autres. Et pour finir, vous assimilez la Shoah et/ou la loi qui en condamne la négation à un dogme. En réalité, le dogme soulevé par Daniel Schneidermann n’a rien avoir avec tout cela. Relisez-donc ses propos : « En reprochant à Taddéï d’inviter les proscrits, Cohen dit en fait ‘ce n’est pas parce que je ne les juge pas intéressants, que je leur barre l’accès au micro de France Inter. C’est parce qu’ils ont contrevenu à un dogme’». Quel est donc le rapport avec la Shoah, ou la loi Gayssot, Patrick ? Avez-vous seulement lu le texte que vous tentez d’attaquer? Vous tombez encore une fois à côté. Une habitude qui confine à la dernière des sottises.

Mais au fond, ce qui dérange peut-être le plus ma cervelle un peu simpliste, c’est que mon cher Patrick, vous terminiez par un paragraphe qui se veut républicain. Vous vous décrivez enfant de la République laïque. Fort bien, Patrick. Sauf qu’après avoir fait intervenir dans un débat tout autre votre appartenance ou non à la communauté juive, j’ai bien du mal à vous imaginer en Marianne guidant le peuple contre le communautarisme rampant. Mais, je vous l’accorde, je ne vous encore ai jamais vu dépoitraillé, le manche (du drapeau) à la main.

Vient enfin le temps de la pique gratuite, dont l’effet se veut précieux, irrévocable et ravageur, mais se cantonne au mesquin ascendant ridicule. « Ils (les dieudonnistes et les soraliens) ont largement investi les forums de votre site Arrêt sur Images. Et j’espère qu’ils ont gonflé vos abonnements, sinon ce serait pitié que tant d’efforts soient si mal récompensés… ». Outre l’immensité du vide intellectuel de cette phrase, notons ici la beauté de la méthode Cohen : pour discréditer un propos, discréditons-en l’auteur. Il est fort intéressant de constater que tout au long de sa réponse, Patrick Cohen parle de Didier Porte, de Soral, de Dieudonné, de leurs publics respectifs. Rarement du propos qu’il entend réfuter. Le sophisme est criant : puisque des forumers abrutis croient avoir trouvé en Daniel Schneidermann « la preuve du complot », c’est que Daniel Schneidermann est un abruti. Ou mieux encore : puisqu’il y a des racistes et des antisémites qui trouvent le propos de Daniel Schneidermann cohérent, ce propos n’a pas de valeur. Patrick, j’ai une confidence terrible à vous faire. Le voisin de mon grand-père est raciste, et il vous trouve bon journaliste. J’en conclus donc que vous êtes mauvais journaliste. Ionesco serait fier de votre absurdité, Patrick.

Il est une dernière chose qui achève votre propos, dont la teneur seule suffit pourtant au  discrédit. Un mot qui sonne comme un rappel à l’ordre : éthique. Éthique journalistique même. Car Patrick, votre réponse y déroge allègrement. Tout d’abord, vous avez la déroutante habitude de mettre de guillemets à tour de bras. Si bien que le lecteur, même de bonne foi, s’y perd. Je vous crois grand journaliste, aussi prendrez-vous soin à l’avenir du cerveau de votre audience. L’effet est pervers. Vous faites dire à des gens ce qu’ils n’ont pas dit sous couvert du flot de guillemets en question. Un exemple ? Je vous cite : « Pour m’avoir ainsi désigné comme l’une des incarnations du « lobby sioniste », celui qui muselle les médias et empêche de « casser du juif » tranquillement, vous êtes devenu l’un de leurs héros, l’idiot utile du « dieudonnisme » ». Sauf que j’ai beau lire et relire la chronique de Daniel Schneidermann, les mots « lobbys sioniste », « casser du juif » n’y figurent guère. Au mieux, vous vous rendez coupable d’un procès d’intention malhonnête. Au pire, le droit s’en chargera. D’autre part cette phrase démontre un biais présent tout au long de votre drôle de réponse. Vous mélangez abondamment les guillemets de citation et les guillemets encadrant des concepts ou des néologismes. Vous entretenez donc une confusion que je crois volontaire qui vous permet de dire et faire dire à volonté. Voilà qui est inacceptable.

En définitive, je suis perplexe, cher Patrick. Vous qui vous octroyiez le droit quasi divin de juger d’un homme qu’il est un cerveau malade, je me surprends à penser que vous souffrez du mal que vous dénoncez.

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14 réflexions sur “Patrick Cohen, garde des sots

  1. merci pour ce billet, vous avez du talent, à n’en point douter 😀
    son intervention sur le nouvel obs est assez navrante en effet…aucun argument de fond, que des effets de manches…
    le voir qualifié de « journaliste » me désole quelque peu tant il semble partisan, loin de toute investigation et questionnements objectifs. Et cela me désole d’autant plus qu’il sévit sur le service public….
    D.schneidermann vient de publier sa réponse sur le site arrêt sur image, assez savoureuse.
    merci

    • Merci à vous pour la lecture. Article rédigé sur un coup d’humeur cette nuit, donc comportant quelques erreurs de style.
      J’ai lu la réponse dont vous faites mention, elle m’apparaît juste et raisonnée.

  2. ce petit journaliste qui n’a en réalité que la carte de…, comme tous les éditorialistes, chroniqueurs et autres intellectuels-« vedettes » forment une micro-société qui a perdu le contact direct avec la société.

    Que Cohen Patrick ait des compte à régler avec Mr Schneidermann admettons, mais qu’il nous y fasse participer est la preuve de sa grande auto satisfaction épistolaire, et que le Nouvel Obs lui fournisse une tribune pour ce faire confirme ce que j’évoquais en préambule.

    Qui se souviendra de Cohen Patrick, ce passeur de plats de ses -vrais patrons-, ceux qui le paie, je veux dire les publicitaires, lorsque l’AFFAIRE Dieudonné sera passé de mode ?

  3. si vous êtes la relève journalistique, j’espère qu’il y en a plein comme vous dans votre école
    par contre faite vite on en peut plus des « merdias » de la pensée unique

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