Inacceptable

RUGBY : France vs Afrique du Sud - Test match - 23/11/2013

Faisant fi d’un vendredi soir habituellement réservé au vagabondage nocturne, ma plume sauvage s’est faite téméraire. Ainsi, malgré les clairons de la défaite annoncée, elle décida de s’installer confortablement devant France 2, et de regarder le match Pays de Galles – France, 3ème journée du tournoi des VI nations. Comme tu le sais, lecteur éclairé, le coq n’a point chanté, et s’en est retourné caquetant en son pays, balayé 27-6 par des diables rouges saignants. Entre Gallois et Gaulois, il y avait un monde ce soir. Et pourtant les premiers n’ont point brillé. Voyez plutôt, un essai gag inscrit dès les premiers instants du match, des pénalités faisant suite aux innombrables fautes tricolores. Un deuxième essai en deuxième mi-temps en supériorité numérique. L’étendard français était si pâle ce soir, que le dragon gallois n’a même pas eu à cracher ses flammes.

C’est bien là que là bât blesse. Ayant dominé l’Angleterre et l’Italie, nos bleus apparaissaient fringants. Oui, apparaissaient. Car la nuance, maîtresse des pensées pesées, oblige à reconnaitre que ces deux victoires souffraient d’un manque de prestige éclatant. Ô crois-le bien, lecteur aguerri aux joies du rebond ovale, je ne joue point ici la partition de celui qui prédit toujours les résultats après le coup de sifflet final. Ma plume est objective, lorsqu’elle rappelle que les deux victoires précédentes avaient été acquises à domicile. Avaient-elles été brillantes ? Non. Nous avions passé la majeure partie du match contre les perfides britons à faire de la résistance. Et si une action de panache nous avait sorti d’un pétrin aux relents de pudding, ma plume n’oublie point que le tableau d’affichage tricolore s’était empli à la faveur de deux coups du sort en début de match. Et contre nos latins de voisins, une semaine plus tard, hormis un début de deuxième mi-temps rythmée par deux exploits personnels, rien n’avait réellement su sortir ma plume d’une torpeur vague.

Car c’est un mal récurrent. La France, patrie du french flair, est ennuyeuse à mourir la gonfle à la main. Et pourtant, que de talent ! Des troisièmes lignes coureurs aptes à se porter au soutien. Un Doussain dont on sait la puissance, capable d’éjecter un ballon et de dynamiser autour des zones de ruck. Un Plisson brillant en club, au pied lourd, jouant la tête haute, à la passe précise. Un Fofana pour lequel les superlatifs manquent, dont l‘élégance dispute à la vitesse. Un Bastareaud qui à lui seul, peut « mettre un cul » à n’importe quel adversaire, compensant son manque de vivacité par une puissance salvatrice. Un Huget impérial sous les ballons haut, incisif en défense. Un Bonneval impressionnant de vivacité, qui rebondit sur chaque plaquage, aux crochets de feu. Assurément de la bonne graine, peut-être la future étoile bleue, fidèle progéniture d’un père déjà brillant. Un Dulin dont les appuis font des ravages, joueur statistiquement le plus insaisissable en ce tournoi.

Sauf que, sauf que… Sauf que la France s’enlise dans des plans de jeu restrictifs au possible. Il faut le dire haut et pourquoi pas fort, l’encadrement laisse clairement à désirer. Saint-André, Lagisquet furent des joueurs immenses, promoteurs justement du french flair aujourd’hui parti en fumée. Mais soyons honnêtes, le Toulon de l’entraineur Saint-André était médiocre, le Biarritz de l’entraineur Lagisquet basé sur le jeu d’avant. Et l’on ne peut arguer que, match après match, la vérité du terrain contredise les suppositions ouvertes par de tels CV, où pourtant se mêlent titres de champion de France et d’Angleterre. Une année 2013 catastrophique, avec 80% de défaites. Une année 2014 qui part en trompe l’oeil, et nous remet aujourd’hui clairement en place. Contre le Gallois de ce soir, le péage est à 27 euros. Contre les Blacks ou les Boks, voire les Australiens d’un Cooper inspiré, le coq aurait révisé son calcul mental toute la soirée sous le poids honteux des additions par 7.

Alors, comment expliquer cette déroute ? Le manque d’ambition est criant. Si encore, nous ne disposions que d’un XV limité, comme le XV écossais, ma plume admettrait sans sourciller un léger manque d’envergure de nos gazelles. Seulement voilà, même des écossais ou des italiens proposent plus de jeu que notre équipe. Équipe, voilà justement un deuxième point faible. Le collectif est douteux. Les soutiens offensifs et les déblayages tarifs, qu’une technique individuelle pauvre ne suffit à combler. Les placements en attaque sont très déficients, pour ne pas dire indignes d’un niveau professionnel. Ce soir, je n’ai pas le souvenir de plus de deux attaques placées. On tente de se rassurer, en se disant : « Oui, mais devant, la mêlée assure ». Eh bien, non. Là où en 2010, la parti pris du jeu d’avant avait été payant, aujourd’hui, même ce secteur nous échappe. Pas une avancée en mêlée ce soir. De sérieuses déculottées, même. Là encore, les choix de l’encadrement interrogent. Que fait un joueur du niveau de Yannick Forestier sur la feuille de match ? Aucun point port réel, une tenue en mêlée jamais démontrée, une puissance à l’impact très faible, une capacité à casser les plaquages nulle, une technique individuelle du même acabit. Jamais une nation du Sud ne souffrirait la présence d’un tel pilier en son effectif. Je t’invite, lecteur, à scruter les déplacements et la technique des premières lignes néo-zélandaise et australienne, et te mets au défi de relever un en-avant. Un Vincent Debaty sélectionné à un poste qui n’est pas le sien. Une charnière sans cesse renouvelée. Une deuxième ligne manquant d’intelligence de jeu, à l’image du pack. Problème, Papé est capitaine…

Notre pack manque en effet cruellement de technique individuelle. C’est bien triste à dire, encore plus à écrire, mais cela est une conséquence/cause du manque d’ambition. Cause ou conséquence, on ne sait qui est la fautive véritable, ma plume ne te fera pas l’offense, cher lecteur, de te rappeler l’accablante histoire de la poul et de l’oeuf. Reste que le coq, lui, cherche toujours, errant sur le terrain comme une âme en peine. Un Louis Picamoles pourrait être le meilleur troisième ligne centre au monde. Il est sans aucun doute le plus puissant. Mais il ne bonifie pas ses ballons. Tu as sans doute en mémoire la chistéra magistrale de Kirian Read face à l’Angleterre, en début de match lors de la tournée d’automne. Essaye donc d’imaginer notre bon Louis dans la même situation : impossible. La technique est primordiale, c’est ce qui permet à la gonfle de respirer, de lui donner l’air dont elle à besoin, pour, qui sait, chasser les toiles d’araignée qui fleurissent sur les ailes. J’ai eu la chance d’assister à l’entrainement des Australiens du magicien Quade Cooper. À chaque ballon tombé, même en arrière, tous les coéquipiers du fautif réalisaient une série de pompes, alors que le coupable restait debout. Croyez-moi bien, que le ballon avait vite fait de prendre le sol en grippe, et de lui préférer allègrement la voltige manuelle. Yannick Forestier, j’ose espérer que jamais un tel spectacle ne s’offrira à toi. Je crains pour ton coeur.

Disons-le, puisque les forums bruissent de révolte : cela fait bien longtemps que la France n’a pas proposé de jeu attractif. Mais cela fait longtemps, que notre équipe figure parmi les plus talentueuses du monde. Voilà deux faits qui en aucun cas ne devraient coïncider. Saint-André y parvient, c’est un miracle plus grand encore qu’un barbu moonwalkant sur la Mer Morte. Alors certes des circonstances atténuantes peuvent être trouvées. Notre calendrier absurde mériterait un livre entier, l’arbitrage aussi, sans doute, mais dans une bien moindre mesure qu’en Heineken Cup.

La France n’offre jamais de beaux matchs. La France dispose du plus bel effectif d’Europe. D’une logique implacable.

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