Rama Yade, la péteuse ridicule

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Le néant. Un gouffre de médiocrité. La sensation étrange d’assister à un cours de communication politique. Mais dans une mauvaise école. Avec un mauvais professeur. Voilà qui résume dans les grande lignes la venue de Rama Yade sur le plateau de Ruquier, lors de la grand messe du samedi soir. Miracle moïsien de la politique-casting, celle où ne rien dire pendant une heure ou presque vous garantit une réinvitation à la sortie.

La mèche en feu, Polony pose sa première question. Elle vise juste et interroge Miss Yade sur l’Europe. Sur la soupe au fumet guère différent de celles du PS et de l’UMP que l’Alternative sert aux électeurs. En clair, « Rama, tu es libérale, tu préconises comme beaucoup la bouillie d’austérité qui étrangle les peuples ; tu n’as d’alternative que le nom, l’étiquette ». Voilà qui devrait être propice à un débat sur l’Europe, sur le nouveau clivage politique apparu depuis 2005 dans l’électorat et les consciences. Seulement voilà, c’est Rama Yade qui répond. Et comme un mage gatouilleux qui oublie ses oeufs de caille dans la potion : c’est une catastrophe ! Jugez plutôt de sa réponse : « pourquoi passez-vous votre temps à défendre les thèses du front national ? ». Merci Rama, de nous montrer que même au fond de ton gouffre d’arrivisme et de médiocrité, tu persévères en creusant toujours plus avant. La réponse de Natacha, passablement énervée, est parfaite. Rama est rhabillée pour l’hiver en deux phrases. Histoire de lui expliquer que la critique de la perte de souveraineté nationale existe aussi chez Mélenchon, Chevènement, Dupont-Aignan, et que « la réduction ad lepenum » est un argument malhonnête qui ne tient pas. Une Natacha aux vertus sensodyniennes, m’ayant pour le coup ôté les mots de la bouche. Ce qui n’empêchera pas cette blagueuse de Rama de se plaindre en fin d’interview de n’avoir pas pu parler d’Europe…

Rama Yade ne dit rien. C’en est même grotesque. Il faut dire, l’arrivisme, c’est aussi se ménager. Mais on ne saurait que lui conseiller de ménager le spectateur également, et d’aller dispenser ailleurs qu’à la lueur des caméras son cours de nullité pour les nuls. Ah, mais ma plume s’emporte, la gredine ! J’en deviens injuste. Rama a dit quelque chose. Une déclaration qui, j’en suis désormais convaincu, bouleversera l’échiquier politique des siècles à venir. Interrogée sur son programme, Rama n’a pas peur de le dire : elle est « pour la liberté ». La voilà fin prête pour la tournée des Enfoirés.

Rama le clame haut et fort : il faut faire de la politique autrement. Sans définir « politique » ni « autrement ». Pensez-vous, encore faudrait-il penser. Sauf que Rama, c’est tout l’inverse d’un renouveau. C’est un refus permanent de repenser le clivage droite gauche à la lueur du libéralisme européen, c’est l’alliance contre nature plutôt que la conviction, c’est croire pouvoir s’en sortir avec deux ou trois phrases spin doctorisées, et surtout n’avoir pour morale que l’amoralité du placement bien pensé. « Je crois en la liberté », « moi je veux parler aux Français »… Merci Rama, ça ira comme ça, ouvre plutôt un dictionnaire au mot « conviction », pousse même l’aventure jusqu’à « courage », ça te fera le plus grand bien, et nous des vacances.

Rama pensait (comme quoi tout arrive) avoir bien préparé son émission. Croyant bon de profiter des récentes querelles entre Caron et Polony, Rama se montre dès son arrivée mielleuse à l’égard de Natacha, et gratuitement antipathique envers Aymeric. Envoyant au passage deux ou trois répliques tout droit sorties de la cour de récréation. C’est d’un grotesque achevé. Elle qui souhaitait parler aux Français. Elle ne doit pas les tenir en très haute estime, pour penser qu’un tel « plan com’ » puisse berner qui que ce soit. On comprend mieux désormais ses tendances plagiaires à répétition lorsqu’il s’agit de coucher sur le papier plus d’une idée cohérente.

Ne croire en rien pour arriver partout, voilà le dessein que forme sans talent Rama Yade. C’est bien là que le bât blesse. L’absence totale de talent. Mais puisque Rama aime plagier, qu’elle vole donc quelques phrases bien tournées, et quelques mimiques convaincantes en appui. Peut-être sauvera-t-elle ainsi l’image qu’elle donne d’une escroquerie totale. Mais somme toute, se résumer à une boursouflure médiatique semble convenir à Rama Yade. Les porcs, dit-on, se complaisent dans la fange.

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7 réflexions sur “Rama Yade, la péteuse ridicule

  1. Toujours heureux de vous lire mais là je suis étonné.
    – Vous dites du bien de Natacha Polony 😉
    – Le plateau de Ruquier n’a jamais était une tribune politique mais bien un espace de pure com. Et malheureusement ça fonctionne. C’est le nerf de la guerre moderne. Les gens mangent de la com, et pourtant ils savent que ce n’est pas vrai mais ça leur fait tellement plaisir d’y croire (ex : « Moi président… »). On sait très bien en regardant l’étiquette d’un plat préparé que ce n’est pas ce qu’il y aura dans notre assiette. Et pourtant c’est là dessus que l’on va faire son choix. Et comme tout le monde on est surpris à chaque fois que l’on ouvre l’opercule… parce que l’on a l’espoir qu’un jour on arrêtera de nous prendre pour des cons. Pour cela, il faudrait que l’on arrête de réagir comme tels.
    Vos chroniques virulentes nous aideront peut-être à changer. Car d’accord ou pas, elles nous font au moins réagir.
    Je pense que Rama Yade à tout compris à la politique com, c’est peut-être malheureux mais c’est aux électeurs de lui montrer qu’elle a tord de faire ça. Et je n’y crois pas une seconde car sa prestation a surement berné plus d’un français (autrement le FN ne ferait pas autant).
    Bonne continuation.

    • Cher lecteur,

      Vous me voyez ravi de lire votre commentaire. Concernant Polony, il est vrai j’en dis du bien. Peut-être est-ce la preuve que si ma plume se peut virulente, elle ne s’en veut pas moins honnête. Certes Polony m’exaspère par certains aspects, notamment son manque de relance, autant justement sur ce point sa réponse à Rama Yade m’est apparue comme étonnamment juste et incisive.

      Concernant le plateau de Ruquier, il est vrai qu’à l’image du PAF, on est clairement dans la com. Mais j’y vois une différence importante avec d’autres émissions comme le grand journal par exemple. Chez Ruquier, l’invité politique peut s’exprimer sur 50 minutes. Certes, ça ne l’empêche en rien de faire de la com. Mais quoiqu’on en dise, sa carapace s’en trouve toujours quelque peu ébranlée. On voit percer sous l’opercule de com quelques traits qui ne mentent guère. C’est là où les chroniqueurs ont un rôle primordial. Cela va peut-être en surprendre certains, mais je tiens cette émission en haute estime. Car l’oeil averti y repèrera toujours quelques détails qui échappent à tous les schémas pré-établis de com politique. Du temps des deux Eric c’était plus frappant, du temps de Pulvard l’invité avait quartier libre compte tenu de la médiocrité de ladite Pulvard, mais en ce moment je trouve l’émission intéressante.

      Alors certes, on ne peut être surpris de voir de la com. Certes, je surenchéris ma surprise en début de chronique. Mais c’est le jeu de l’écriture satirique. En revanche, c’est sur le manque total de talent de Rama Yade que je m’épanche. Qu’il y ait un invité du type de JF Copé en face, et qu’il fasse de la comme, c’est le jeu. Comme vous le dites, on le sait tous. Mais au moins le positionnement idéologique est assez clair pour être débattu. Avec Rama, loin s’en faut. Là sont les limites de son arrivisme. À force de ne jamais se mouiller, et de ne faire preuve d’aucun talent dans sa stratégie d’esquive, elle se ridiculise. Il est rare que durant le passage d’un invité politique chez Ruquier il y ait un si grand malaise (public + invités) quant à la prestation du politique. C’est en tout cas mon ressenti.

      Pour finir, certes Rama a bien compris comment tout cela fonctionnait. Mais son plan com construit en réponse est un échec. Elle qui arrivait avec la vaine intention de jouer sur les divisions Caron/Polony, a réussi l’exploit dès sa première intervention à ranger la seconde aux côtés du premier. C’est assez stupide, tout simplement.

      Quant à mes chroniques virulentes, je suis heureux que vous en ayez saisi l’objet. Changer, c’est un bien beau dessein. Encore faut-il savoir d’où l’on part, et où l’on veut arriver. Il est certain que ma seule arme dans ce combat perdu d’avance, ce n’est pas moi, mon cerveau ou ma plume. C’est mon lecteur. C’est vous. Aussi je serai heureux de vous relire.

      Merci

  2. Bonsoir,
    je viens de découvrir votre blog à la faveur de votre commentaire sur des chamailleries sur Tweeter entre deux personnes dont j’ai oublié le nom.
    J’hésitais à visionner le passage de Madame Yade à ONPC tant elle m’horripile au plus haut point par sa capacité à brasser du vent sans même créer la moindre énergie digne d’éclairer une ampoule.
    Mais après avoir lu votre papier je crois que je vais me laisser tenter, ce soir, à regarder cette prestation sur Dailymotion. Rama Yade est tout de même l’archétype de la vacuité politique moderne : cela devient presque beau à voir.
    C’est justement à ce niveau que je comprends son relatif succès : elle est très belle et elle éveille la concupiscence des hommes (ou des lesbiennes) et l’admiration des femmes. Si, en plus, elle est capable de bien parler, de faire de longues phrases, avec ou sans contenu, peu importe, alors c’est gagné.
    Comme dirait le gros marcel : « elle est canon et en plus elle cause bien »
    Mais là je raisonne en misogyne bien gras et il ne faut pas le faire : tout du moins, il ne faut pas en commettre l’analyse. Que les adeptes de Rama Yade, puisqu’il doit bien y en avoir, n’aient, visiblement, pas d’autre argument que sa beauté et sa diction, n’est pas choquant. Ce qui l’est c’est d’en faire l’analyse.
    Rama Yade est un symbole de son temps : avoir une belle gueule à montrer aux caméras (Valls, Montebourg, Yade) devient l’essentiel quand le personnel politique n’a plus aucun talent, ni aucune vision, ni aucune ambition pour d’autres administrés qu’eux-mêmes.
    Pour finir, je vous en veux de me donner envie de voir Rama Yade à ONPC, de m’infliger une telle purge. Je compte donc sur vous pour vous faire pardonner en publiant d’autres papiers bien sentis.
    Merci et bonne soirée

    • Merci de votre commentaire détaillé.

      Pour ce qui est de l’analyse que vous fournissez, j’y souscris. Aucune honte en tout cas à parler de la « belle gueule » en politique. Confrontés que nous sommes à un mur de communication, n’est-ce pas un choix imposé?

      Sincèrement désolé de vous avoir donné envie de voir Rama! Mais cela peut être intéressant. Ma vision est par nature biaisée, subjective. Je serais intéressé de savoir ce que vous en avez pensé.

      Enfin, soyez-en certain, les chroniques vont pleuvoir!

      Au plaisir de vous lire!

      Pierre Guidez

    • Bonjour à tous,
      Vous êtes tous très agréables à lire et plus ou moins intéressants, mais je ne vois là que de multiples tentatives d’essayer d’avoir raison… La com la com toujours de la com… Essayer d’en faire l’analyse ne fait qu’entretenir le fait de se dire que c’est la norme, comme tous nos chers analystes politiques qui j’espère ne vous verront pas grossir leur rang mon cher pierreguidez.
      Le vide est-il chez Rama Yade ou chez ceux qui essayent de voir chez elle une quelconque forme de com politique?
      En gros, ne changeons rien, tout est génial n’es-ce pas?
      Au plaisir de vous relire mon cher Pierreguidez car je crois, nous partageons plus qu’un prénom…
      Pierre N.

  3. Merci Pierre, autant votre billet sur la twittrouille entre 2 pseudos journalistes n’était pas intéressant, autant celui là est très bien amené et décrypté. Peut-etre tout simplement que le sujet me passionne plus 😉

    Bref, revenons en à notre Rama.
    Au démarrage de sa courte carrière politique, sa fraicheur et son apparante « candeur » parlait pour elle, en quelque sorte les défauts de ses qualités.
    Aujourd’hui cette platitude n’est plus excusable, elle agace, énerve, au même titre que la langue de bois de Copé… pour vous dire qu’on est bien arrivé à un bon 8 sur l’échelle de Rich(ard-Go)tainer !
    Bien dommage, après l’analyse entre arrivisme et/ou médiocrité, je ne m’y essayerai pas.

    Je découvre votre blog, donc j’ai pas mal de billets à rattraper
    a bientot
    Stéphane

    • Merci pour ce commentaire!

      Sur Rama, j’ai toujours eu cette impression nauséabonde dès ces premiers passages TV. Quelque chose dans l’attitude corporelle, sans doute.

      Sur la médiocrité, que l’on s’entende bien, et sans doute n’ai-je pas été assez clair dans l’écriture: en rien je ne juge Madame Yade sur ses capacités de travail/intellectuelles. Je ne les connais pas, elle n’en donne aucune preuve lors de ses passages TV. Aucun moyen de juger donc. Mon abord de la médiocrité est plus nuancé. Il s’agit de dire que même dans le vice, elle est creuse. Ses esquives sont dignes de la maternelle, jamais un mot bien tourné qui pourrait engager une joute verbale. Rien. En ressort l’impression d’un comportement agaçant, comme vous le dites, arrogant même pour ma part. Les média continuent de lui servir la soupe, alors ce n’est pas près de changer.

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