Le Grand Journal et l’oligarchie replète

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Il y a bien longtemps que ma plume n’avait plus posé son massif séant devant une émission de télévision. Encore moins devant le Grand Journal. Les jeunes ne regardent plus la télévision. Non. À force d’avoir proposé de la soupe digérable à souhait pour la ménagère de moins de 50 ans, cet outil merveilleux qu’est la télévision a perdu de sa superbe, et s’est coupé d’une jeunesse qui fait désormais son marché sur le net. Mais revenons à nos moutons. D’ailleurs, moutons, c’est le terme qui sied à merveille à l’équipe du Grand Journal. Il paraît que depuis septembre, De Caunes a remplacé Denisot. Ça m’en remue une sans toucher l’autre, comme dirait l’amnésique le plus célèbre de France. C’est blanche-bonnette et bonnette-blanche. La politique y est toujours aussi vulgairement abaissée au rang de rubrique à moitié people. L’invité politique n’y peut vomir qu’une ou deux idées à la volée. Apathie tente tant bien que mal d’enrichir son vocabulaire d’un quatrième mot après « dette », « déficit » et « payer ». La miss météo y fait toujours de l’humour Canal, ce qui la dispense au passage de faire preuve du moindre talent. Mais, signe que Dieu existe (#ChristineOnFire), Mouloud n’est plus là. Il faut dire, son immense talent d’humoriste / animateur / chroniqueur / intervieweur / acteur / beur a enfin été reconnu. Il anime désormais La Clique à une autre tranche horaire. Oui, chez Canal, on est écologique. On recycle ses déchets.

Puis vient le temps béni du « Karim a dit ». C’était mardi 5 mai. Moment exquis où Karim a décidé de faire la leçon à François Delapierre, représentant du Front de Gauche. Angle du papier : Mélenchon ne tient pas le même discours avec les journalistes selon qu’il est devant les caméras ou non. Scoop intercontinental dis-donc. Bravo Karim ! Champion Karim ! À l’appui, des phrases virulentes tirées de l’interview donnée par Mélenchon à Patrick Cohen, montées en cascade. Le tout mis en contraste avec une séquence où les journalistes d’Inter et Mélenchon se chamaillent gentiment dans les couloirs. En langage Mouloud Achour, ça donne à peu près : oh mais regardez qu’il est vilain le monsieur qui est en colère contre Patrick Cohen à l’antenne et puis que quand il est plus à cette antenne qu’ils sont tous copains en fait. Merci Mouloud, retourne cliquer. Voilà. La sensation triomphante d’avoir appris quelque chose de bien, de beau, de Bosch. Les politiciens ont une stratégie politique. Oh mon Dieu ! Mais qu’on leur pèle le jonc, nom d’un sanglier ! Demain, dans « Karim t’apprend la vie », découvre son dernier scoop : Jésus était croyant. Saint-Pierre, la feuille de vigne en branle, tremble déjà.

Mais le clou du spectacle arrive quand Karim l’inquisiteur sort ce qu’il croit être la carte maîtresse de son jeu : une séquence off, où Mélenchon, filmé à son insu, se réjouit de l’indignation médiatique qu’il provoque dès qu’il se montre un peu violent. Retour plateau. Là Karim croit enfin tenir Delapierre et tout le Front de Gauche dans les cordes. Avec cette séquence, il ne sait pas ce qu’il a prouvé, mais il a prouvé, croyez-le. Sauf que… Eh bien sauf que François Delapierre explique lapidairement (pardon, je m’auto-flagelle de suite) l’entreprise de Mélenchon. Il entend manipuler les média, retourner à son avantage leurs manipulations incessantes. Les prendre à leur propre piège du Saint-Buzz pour faire d’eux la meilleure agence de pub au monde. L’arroseur arrosé. En l’occurrence, le Karim arrosé. Lui qui avait cru faire chavirer la Mélenchonnie entière vient de se faire rhabiller pour les trois prochains hivers. Le plus savoureux étant que le chroniqueur/inquisiteur a donné de lui-même le bâton pour se faire battre. Karim montre une vidéo de Mélenchon expliquant sa volonté de choquer pour agiter la sphère médiatique, et faire passer son message politique. Delapierre constate : « Visiblement, ça marche, vous en parlez. » Emballé c’est pesé, au suivant, Karim tu auras bientôt droit à ton émission de recyclage : la Claque.

Passons sur Christophe Barbier, sempiternel instrument à vent, invité des émissions politiques où il faut être pour paraître. Le voilà qui tente de reprendre Delapierre lors de sa diatribe à l’encontre du « système médiatique ». Non, c’en est trop pour Christophe, qui interrompt et demande qu’on parle de média(s) plutôt que de système. Il faut dire, on touche là à sa cantine, celle qui lui permet de trimballer sur les plateaux son écharpe rouge et son air sentencieux. Oubliant à l’occasion qu’il ne suffit point d’avoir un ton sentencieux pour prononcer des sentences. Mais que voulez-vous, ce monde-là depuis trop longtemps s’est constitué en oligarchie replète. Il faut donc crier au loup dès le premier pavé qui vole, ne pas oublier son sondage quotidien sur la progression du FN, et saupoudrer le tout d’une prétention ridicule et malhonnête à la neutralité.

Enfin, notons l’effrayante distance qui sépare la chaine cryptée du peuple à la lumière de cette séquence. Mise sur Facebook par Canal, elle a déchainé les réactions. Le verdict est sans appel.

 

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Il faut donc espérer que la faconde auto-protectrice des installés ne trompe plus. L’espoir est permis. Et ma plume en est convaincue, c’est de la relève journaliste que le coup fatal doit venir.

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Une réflexion sur “Le Grand Journal et l’oligarchie replète

  1. Très cher Pierre,
    L’espoir est certes permis (ça coûte rien de le dire), mais permets moi de douter qu’il vienne de la « relève journaliste »…
    Sinon, toujours pas de stage en vue?

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