Média, l’inconscience professionnelle.

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Lendemain d’élection européenne. Ma plume a la gueule de bois. Miss Front National caracole en tête des suffrages exprimés, promenant son sourire carnassier de plateau TV en plateau TV. Le bulletin en est jeté, le FN peut exulter, il bat les partis de gouvernements traditionnels. À qui la faute ? Que faut-il y voir ? Difficile à dire. Pourtant, il y a tant à dire.

Crier haro sur les média dans leur ensemble est erroné. Vomir un certain type de média apparaît plus juste. Toutes ces unes, plus terribles les « unes » que les autres, dénonçant une France d’assistés. On joue avec les thèmes favoris du FN. Oui mais l’on joue sans talent, plus attiré par la haine du « gaucho » (qui n’en est pas un) que par celle du « facho » (qui n’en est pas un). La chose aurait de quoi faire rire. Surtout venant du Point, de l’Express, ou du Figaro, journaux parmi les plus subventionnés. C’est ce que signalait un article bien amer du Monde Diplomatique il y a peu. Que dire de Valeurs Actuelles. Mal en point il y a peu, le magazine décide de tout miser sur l’outrance pour relancer la machine. Et ça marche. La France « envahie », une Marianne voilée, une islamophobie dévoilée. C’est la clé du succès. Il faut buzzer fort, buzzer à tout va, buzzer plus que son voisin, dans une relation non-protégée avec les bas instincts des lecteurs.

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Les média dits « de gauche » (la nuance a son importance), ne sont pas en reste. Prenez le Nouvel Observateur. Observateur de rien, si ce n’est d’une posture intenable : faire passer par tous les moyens le FN pour un parti néo-nazi. La course aux fascistes plutôt qu’aux arguments. Les moindres faits et gestes du FN sont scrutés, ses dirigeants passés au crible du détecteur de facho. Crible devenu fond de commerce d’une nomenklatura parisienne installée, qui devant son inculture/incompétence préfère crier « facho » ou « antisémite » plutôt que parler d’économie. Ce dont elle serait d’ailleurs bien incapable. Les Joffrin, les Demorand, n’ont pas saisi les nouveaux clivages qui secouent la société française. L’investissement massif par l’extrême droite de la question sociale leur a échappé. Au mieux ont-ils rassemblé la chose sous l’appellation vide de « dédiabolisation ». Aberrant sur toute la ligne. Mais ils ne perdront pas leurs postes pour autant, et ce petit monde replet continuera d’écumer les plateaux TV sous le titre usurpé d’ « analyste », de diner ensemble aux bonnes tables, et d’écrire leurs éditos sur un coin de table graisseux d’arrogance.

Enfin, il est une chose que certains média n’ont point compris : l’Europe. Oui, l’Europe. Voilà la grande absente des élections… européennes. Ma plume est voyageuse. Ayant vagabondé de l’autre côté des Pyrénées, elle a pu assister à deux débats par semaine à la télévision espagnole sur l’élection européenne. Et nous n’étions qu’en février. En Allemagne, c’est la même rengaine. En France, nous sommes loin du compte. Une bien pauvre émission jeudi soir dernier. Des candidats qui défilent. Des journalistes qui oscillent entre people et incompétence. Question au candidat d’Europe Écologie les Verts : « on a vu José Bové monter sur scène avec Bertrand Cantat… ». Ou comment gaspiller un temps de parole déjà faible (10 minutes par candidat, 20 au maximum sur l’ensemble de l’émission) par une question d’inspiration Closerienne. Est-ce donc cela un débat sur l’Europe ? Et que dire de cette fâcheuse habitude qu’ont les journalistes français de ne pas relancer les politiques lorsqu’ils ne répondent pas à la question posée ? Marine Le Pen a donc pu discourir à son gré et ne jamais sortir du cadre national. D’ailleurs, n’avait-elle pas refusé un débat avec Martin Schultz il y a peu, dans la même émission, au motif que la campagne était d’abord « nationale » ? Et France 2 de se coucher honteusement. Le chien est à la niche. Il avait depuis longtemps déjà perdu ses dents. Marine, toujours elle, qui s’exclame en direct : « Mais pourquoi délocalise-t-on en Slovaquie si ce n’est à cause de l’euro ? ». Marine ne sait donc pas que la Slovaquie fait partie de la zone euro. Une réaction des journalistes en plateau ? Pensez-vous ! Le savent-ils seulement ? Après quelques secondes tout de même, mister Langlet tente de rectifier les propos, mais c’est d’une déférence telle que Marine n’a aucun mal à balayer la chose d’un évasif : « peu importe ».

Voilà, qu’on se le dise, en France, c’est cela la campagne européenne. D’autres facteurs existent, bien sûr, pour expliquer le résultat d’hier. Ma plume s’est aujourd’hui concentrée sur l’aspect médiatique de la chose, puisque de nos jours, ce qu’on sait, on le sait d’abord par les média. Et maintenant ? Eh bien, les mêmes média plus haut visés ne vont pas manquer de crier que nous sommes la risée de nos voisins européens. Argument sans valeur, puisque nous fûmes aussi la risée de ces mêmes voisins lorsqu’il s’est agi d’acquis sociaux. Argument qui dispensera surtout ces mêmes média de faire preuve de la moindre analyse de fond. D’oublier aussi que l’austérité a rebâti le paysage politique français, notamment à gauche.

L’avenir de la progéniture Le Pen est assuré sur 10 générations. Il est des lendemains bleu marine qui chantent. Et peu importe s’ils chantent faux, ces média là ne sont pas musicologues. Vraiment pas.

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