Élections européennes: faites entrer l’abusé

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En début de semaine, ma plume égouttait quelques mots à l’endroit sur système médiatique, entendant ainsi pointer sa responsabilité – immense – dans le score du FN. Mais il serait injuste de ne point évoquer l’aspect politique de la chose. De ne pas pointer les autres facteurs qui ont favorisé le résultat de dimanche dernier. Avec toujours le même abusé au bout du compte: l’électeur.

 Évoquons, évoquons-donc. L’affaire des comptes de l’UMP, bien sûr. Comment diable espérer une quelconque crédibilité face à la poujade bleu-marine de la sorte ? Quand Jean-François, ridé d’hypocrisie, ajoute une casserole flambant neuve à sa collection déjà clinquante ? Les affaires, toujours les affaires. Copé, et sa montre offerte par Takieddine. Copé, brassant dans la piscine du même Takieddine. Copé, et les comptes de campagne de l’UMP. Copé, sa faconde rouillée, sa virulence indécente. Copé, son pain au chocolat indigérable. Copé dehors, enfin. Mais pas pour longtemps. Il l’a promis : « je reviendrai, ne vous inquiétez pas ».

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C’est que Jean-François est un patriote, un vrai. Comprenez, il ne saurait trahir la tradition française. Celle qui permet aux bannis de ne jamais l’être vraiment. Et de revenir, leur sursis accompli, empoisonner la vie politique française, et remplir les urnes de bulletins Front National. J’exagère ? Juppé, Balkany, Tibéri, Guérini… La liste est longue. Elle s’est même enrichie d’un nouveau nom dimanche dernier : Michèle Alliot-Marie. Vous savez, notre ancienne ministre, qui proposait au gouvernement de Ben Ali l’appui des forces de l’ordre françaises pour réprimer le soulèvement naissant ? Quelle surprise de la retrouver candidate aux Européennes dans le Sud-Ouest ! Étonnant également, de la voir écrasée de la sorte par le frontiste et compagnon de Marine, Louis Alliot. Il y deux ans, un humoriste raillait notre système politique en prédisant le retour de Michèle Alliot-Marie. Il y a deux ans. C’était une blague. C’est aujourd’hui la réalité. Quoique, cela ressemble encore à une vaste farce.

 L’offre politique déficiente. Voilà une autre clé du scrutin. L’UMP se fait le chantre des économies, des coupes budgétaires, de la baisse de la dépense sociale, du désinvestissement de l’État dans la sphère publique. L’UMP fait de l’UMP. Problème : le PS aussi. Oui, au PS, tout du moins chez les dirigeants, « économies » et « marge de manœuvre » sont fiévreusement agitées comme excuse à l’absence de courage politique. Renégocier le traité de stabilité européen ? Oui en campagne. Non au pouvoir. Tout est dit, il n’y a plus rien de socialiste. Ce n’est plus qu’une marque vendeuse (et encore). Le rose a pâli. Ce qui n’empêche en rien les ténors, ou plutôt les castrats du PS de fièrement se déclarer de gauche, la main sur le cœur et la larme à l’œil, après avoir vomi un catéchisme qu’un Sarkozy aurait applaudi. Le tout englobé dans une communication désastreuse. Prenez Mister Valls, qu’un torticolis empêche de regarder à gauche depuis longtemps. Le score du FN vient de tomber. Manuel apparaît. Manuel lâche les trois ou quatre mots de circonstance pour exprimer le choc ressenti. Puis Manuel égrène les projets de réformes déjà connus. Affligeant.

En vérité je vous le crie, l’ENA depuis trop longtemps nous a vomi des gestionnaires plus que des acteurs. Des comptables. Brillants, certes. Mais des comptables. Qui n’hésitent plus à faire croire que l’on gère un Etat comme on gère une famille. Des comptables à la vision court-termiste. Des comptables pour qui « vision de la France » et « sens de l’État » restent d’obscurs éléments de langage qui ne servent guère qu’en temps de campagne électorale. Alors on laisse Dame économie mener par le bout du nez Dame Politique. Ce devrait être l’inverse. Mais que voulez-vous, certains y trouvent leur compte.

Problème d’éducation politique de la population. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller faire un détour par un livre d’Histoire de terminale. Plus grave, l’école républicaine n’apprend plus à apprendre. L’élève voit sa prise de parole entravée au plus haut point. On recopie et en silence s’il vous plaît. On apprend à prendre des notes, pas à les penser. Dès lors, aucun esprit critique n’émerge. L’élève français, ceci est frappant lorsqu’on voyage un peu, ne prend pas de risque. Il ne prend pas la parole. D’ailleurs, comment le pourrait-il ? Parler devant un auditoire le terrifie. La peur de ne pas savoir. L’angoisse du stylo rouge. De la mauvaise note.

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Expérience amusante. Prenez un micro, faites vous passer pour un journaliste. Descendez dans la rue, tentez de poser une question à des passants. Oh, pas une question de fond. Juste leur sentiment. Simplement leur avis. Vous lirez la peur de s’exprimer, de ne pas savoir, dans les yeux du locuteur. Il vous demandera, terrorisé, à la fin de l’interview : « Est-ce que j’ai dit ce qu’il faillait ? Ai-je été bon ? Parce que vous savez, moi, je suis pas expert… » Oui, car depuis les bancs de l’école, en France, il faut savoir qu’on ne sait pas. Que son avis ne compte pas. Qu’il faut apprendre la leçon par cœur. Alors on dégoûte de futurs citoyens de ce qui fait la beauté de notre cerveau : la curiosité. On ne cherche pas à savoir. Le dernier qui a parlé a raison. Savoir ce qu’est la Commission Européenne ? Qui en est le président ? L’enjeu énorme de son élection ? Trop compliqué. Et puis, il y a blonde tempétueuse qui nous a dit que l’immigration, c’est le problème en France. Alors votons.

La démocratie moderne et son pendant libéral ont créé des incurieux de tout. Soucieux d’arroser leur propre petit jardin de taille égale à celui du voisin, peureux d’en ouvrir la porte. Proies facile pour les diseurs de mauvaise aventure à la flamme tricolore. Je pense donc je suis? Que nenni! Désormais, c’est : je suis donc surtout, j’évite de penser.

Ma plume s’emporte un peu. Pourtant, elle n’éprouve aucun désenchantement ni mépris à l’égard de ceux qui ont glissé un bulletin FN dans l’urne. Elle hait ces vociférants incultes qui crient au fascisme à tue tête depuis dimanche, et qui jouent parfaitement, sans le savoir, une partition écrite par le FN. Elle n’a qu’une envie : convaincre, ou du moins essayer.

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