La grande hypocrisie

moules

Lendemain d’élimination de l’équipe de France de football au Brésil. Jour de départ du Tour de France. Occasion donc rêvée pour ma plume de noircir à nouveau quelques feuillets sportivement vôtres. Parlons sport, donc. Mais parlons en réellement. Impossible donc d’éviter le sujet du dopage. N’en déplaise à Michel Platini, président de l’UEFA, qui préférait nier l’existence de la seringue dans le football, il s’agit de mettre les chiffres sur la table. Et pourquoi pas, de la renverser.

Souvenez-vous. C’était avant que ne débute la Coupe du Monde au Brésil. Ribéry se blesse. Arrive à nos oreilles une vague histoire de piqûre, d’injection de corticoïdes. Simultanément, le JDD croit tenir l’affaire du siècle en cyclisme : Chris Froome, vainqueur du Tour de France 2013, aurait ingéré, par voie orale donc, des corticoïdes. Scandale de dopage à l’horizon, questions pressantes des journalistes. Pourtant, avaler des corticoïdes, avec prescription médicale, est autorisé. En revanche, s’en injecter est interdit. La situation est donc grotesque : un footballeur qui s’injecte des corticoïdes se soigne, mais un cycliste qui en avale se dope… Révoltant blanc-seing dont bénéficie le football, qui n’émeut personne. Alors, pourquoi ce traitement à deux vitesse ?

D’abord parce que contrairement aux idées reçues, le cyclisme est en pointe en matière de lutte contre le dopage. Le cyclisme fait sa révolution. Révolution dont feraient bien de s’inspirer les ballons rond et ovale. Les chiffres sont édifiants : en 2013, le cyclisme professionnel a pratiqué 187 contrôles inopinés. Le football professionnel… 4. Oui, vous avez bien lu. 4 pauvres contrôles. Là s’effondre la défense pourtant couramment entendue dans les média selon laquelle il n’y a pas de dopage dans le football puisqu’il n’y a pas de contrôles positifs. Certes. Encore faut-il faire des contrôles. Les mentalités sont si arriérées  que cela en devient risible. Prenons pour exemple l’équipe du Costa-Rica, lors de cette Coupe du Monde : 7 joueurs sont contrôlés. Fureur de l’entraineur et des joueurs. Cela prouve bien le caractère inhabituel des contrôles. Le foot restant donc un des derniers sports où l’on peut s’insurger d’être contrôlé. Risible, en effet.

Le tennis n’échappe pas à la règle. Ou plutôt si, le tennis échappe à toute règle. Novak Djokovic assurait il y a peu n’avoir pas été contrôlé depuis six mois. Roger Federer assure être moins contrôlé qu’il y a plusieurs années. Le tennis régresse dans sa volonté d’épingler les tricheurs. Rafael Nadal, en 2009, est furieux d’avoir été contrôlé par l’AFLD, redoutable en matière de lutte contre le dopage, lors de Roland Garros. Il perdra son quart de final contre Robin Söderling, dépassé physiquement, en jouant étonnamment court. L’AFLD sera bien entendu interdite d’accès à Roland Garros, l’International Tennis Federation lui préférant bizarrement désormais des laboratoires privés. Rafael Nadal, toujours lui, qui s’absente parfois du circuit pendant 6-7 mois. Déclenchant au passage les soupçons de nombreux observateurs. Il faut dire, l’International Tennis Federation aurait pour fâcheuse habitude de ne pas révéler les contrôles anti-dopage positifs, surtout quand ils touchent des stars mondiales et donc rentables. D’où des périodes de « blessure » correspondant de façon tout à fait fortuite à des périodes de suspension. Christophe Rochus s’en était fait l’écho dans la presse. Il fut sèchement rabroué par le milieu, notamment par Toni Nadal, oncle et entraineur de Rafael : « C’est un vrai connard ! Certains murmurent des soupçons mais lui les émet haut et fort. Rafa n’a jamais rien pris, vous devriez le savoir. Il ne prendra jamais rien! ». On est bien loin du passeport biologique mis en place par le cyclisme en 2008. Chaque coureur voit toutes ses valeurs sanguines ou autres répertoriées. À la moindre variation suspecte : suspension en attendant enquête. Qu’en pense donc Toni Nadal ? « Le passeport biologique? Je ne sais pas ce que c’est, je n’y connais rien en dopage ». Merci Toni. Au fait Toni, mon humble plume te conseille une expérience fort instructive : regarde donc un match de tennis des années 80. N’importe lequel. Un seul échange si tu le veux. Regarde un échange entre Rafa et Djoko après 6 heures de match. Édifiant.

Enfin, je ne pouvais quitter mes chers lecteurs sans évoquer le rugby. Surtout que depuis une semaine, ça secoue sec dans l’ovalie. En cause, Laurent Bénézech, pilier international français. L’homme, n’y tenant plus, avait tout déballé il y a quelques mois. Notamment sur les mâchoires de nombreux joueurs, dont la croissance titanesque , ne pouvait que témoigner d’une prise massive d’hormones de croissances. Là encore, réaction terrible du milieu : Bénézech est un jaloux, un fou etc. Réaction classique du sport professionnel pris la main dans le pot de confiture. Réactions surtout identiques à celles d’un certain Lance Armstrong du temps de sa défense. Oui mais voilà, quand on est rugbyman, on peut utiliser les mêmes arguments que Lance Armstrong pour se défendre d’une prise de produits dopants, et être tout à fait crédible. Ainsi, Serge Simon, président de l’association des joueurs de rugby, PROVALE, monte au créneau, et poursuit Laurent Bénézech en diffamation. Le procès s’est ouvert il y a une semaine. Serge Simon était absent…

Rugby toujours. Steffon Armitage, numéro 8 talentueux du RC Toulon, champion de France et double champion d’Europe, a été contrôlé positif lors de la finale du Top 14 2014. Je n’ose imaginer la même situation pour un cycliste, contrôlé positif lors de l’étape reine du Tour de France. Gageons qu’à la reprise, l’affaire sera oubliée. Pour preuve, Eurosport publie cette semaine un article évoquant la possibilité pour ce joueur de jouer en équipe de France. Circulez, il n’y a rien à voir. Nicolas Geay met au jour un scandale sanitaire dû au dopage des sud-afriacains champions du monde en 1995 ? Jean-Pierre Elissalde, entraineur au sein du Top 14, révèle une prise courante d’amphétamines lors de son passage chez les professionnels ? Vincent Moscato, talonneur de l’équipe de France, avoue en direct sur RMC qu’il prenait des amphétamines ? Françoise Lasne, présidente de l’AFLD, annonce que le rugby est le sport le plus touché par le dopage ? Circulez, il n’y a rien à voir, on vient de vous le dire. Le rugby est fier de ses valeurs de partage, d’honnêteté, de camaraderie. Rideau, on ferme.

Les somnolants de la synapse et réciteurs de catéchisme en chef trouveront sans doute ce billet quelque peu rabat-joie : « Qu’on nous laisse rêver en paix ! ». Eh bien, rêvez ! Rêvez en bleu, en jaune, en blanc, en français, en germain, en anglois. Rêvez dru, les amis. Soyez-en sûrs: vous rêvez.

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