Que raison triomphe !

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Je n’avais pas prévu de reprendre la plume. Ce blog, mes mots, tout était voué à l’oubli, jusqu’à ce matin. Il aura fallu que le fanatisme et son habit d’infâme se rappelle à notre mauvais souvenir pour que la plume saigne à nouveau. Les balles ont une nouvelle fois eu raison du bon sens, de la culture, de la raison. Je me souviens de cette vieille légende viking, qui disait que rien ne voyageait plus vite que la pensée. Ce matin, les balles sont allées plus vite que la pensée, elles l’ont massacrée. Voilà de quoi est capable la bêtise humaine, lorsque se réclamant d’un Dieu, elle croit faire justice quand elle ne sème que peine, désastre, et horreur.

Toi qui dans la rue, en tenant ton outil de mort, cries que ton Dieu est grand. Il ne sera jamais aussi grand que ton inculture, ton irrespect, ta connerie sur laquelle je vomis. Sur laquelle nous vomissons. Car je te le dis, abruti décérébré, il est en ce monde des gens qui, armés de bon sens, n’ont pas peur de ta gâchette. Ils la savent bien faible face à la raison qui, partout où elle passe, éclaire les cœurs et étouffe tes cris de guerre. Ils savent que celui qui a peur, c’est toi. Tu as peur de l’autre, tu ne sais plus aimer, détruire est ton unique projet. Nous te méprisons, et jamais nous ne cèderons face à ta morgue inculte.

Le fanatisme a cela pour lui, qu’il n’a pas à s’embarrasser de considérations morales. Il lui suffit de décréter que blanc est noir, que noir est blanc, pour que le rouge du sang coule à flot. Il n’a pas à s’encombrer de mots, de raisonnement. Il est le refuge douillet des simples d’esprit, de ceux pour qui la critique, d’où qu’elle vienne, sonne comme un affront qu’il faut laver d’un crépitement de balles. Vous n’êtes que de bien pauvres hommes, engoncés dans vos certitudes divines, au point de ne plus connaître le prix d’une vie humaine. Les pleurs ne seront jamais de votre côté. Mais nos pleurs témoignent de notre force, et non de notre faiblesse. Car par là nous montrons que nous savons encore aimer, penser et qu’autrui est pour nous digne de quelque intérêt. Vous ne pouvez comprendre, et c’est fort bien ainsi. Que jamais un quelconque lien ne nous unisse, celui de vos balles nous a suffi.

Et après ? Que faire, que dire ? Le plus dur, sans cynisme aucun, est peut-être à venir. Les journalistes, si durement touchés aujourd’hui, ont un rôle majeur à jouer. Mais à l’heure de l’info fourre-tout, du voyeurisme vendeur et du Saint-Buzz, il est difficile d’espérer autre chose que des facilités de langage, qui seront autant de portes ouvertes à la haine de l’autre. Ne nous y trompons guère, la récupération politique va jouer à plein. Nos amis musulmans vont être pointés du doigt, comme d’autres le furent en d’autres époques. L’homme a cela d’ennuyeux que sa frange décérébrée évolue peu au fil du temps. Ce troupeau bêlant son ignorance a la fâcheuse et fasciste tendance à reproduire les seuls schémas à la portée de son entendement simplet.

Aussi restons vigilants. Ne cédons pas à l’insulte, ne traquons pas la brebis galeuse, ne vengeons pas le sang par le sang, ne soufflons pas sur les braises d’une flamme bleue marine déjà bien trop vigoureuse. Voilà des mots qui pour beaucoup seront difficiles à entendre. On les rangera sans doute dans le camp des vendus, des tendeurs d’autre joue professionnels qui au fond, auraient quelque responsabilité dans ce désastre par leur volonté de toujours comprendre. On leur fera le reproche d’excuser l’inexcusable, de trahir le drapeau en berne.

C’est pourtant notre seul espoir de ne pas devenir, à notre tour, le reflet de ce qui cause nos sanglots aujourd’hui.

Pierre Guidez

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