Lui, Président ? (partie 2/2)

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Suite et fin de la drôle d’histoire qui me lia pendant 1 an et demi au Président. J’écris ces lignes, à plume reposée. Je referme le livre, je passe à autre chose. Je n’oublie pas de le remercier des opportunités qu’il m’a données, ni de m’avoir appris que les salaires coûtent plus cher que les promesses.

Comme un con

Début janvier. Ça y est, je suis viré. Franchement, je ne me voyais pas débarqué si vite. Ni de cette façon, en quelques textos rageurs. Ce qui est fait est fait. Je tente de me dire que tout ça est un mal pour un bien, que je méritais mieux. Mais ça, c’est de la psychologie bon marché.

La vérité, je l’assume désormais sans sourciller. Je m’étais investi émotionnellement dans ce job. Je l’aimais. Tout comme j’aimais la figure du Président à mes débuts. Le verbe haut, le combat juste. Même après des mois de dégradation permanente, je ne pouvais tirer un trait définitif sur une expérience aussi intense. Je ne l’ai pas su. Je ne l’ai pas pu. Je ne l’ai pas voulu. Au fond de moi, je voulais revenir. Je voulais renfourcher mon vélo tous les matins, arriver au bureau avec des idées d’articles plein la tête, partir à 9h05 et arrive à 9h20, en avance et bouillonnant d’énergie. J’étais mordu du job, j’adorais ce que je faisais. Même à mon niveau de salaire, je prenais mon pied. Le Président le savait. Et c’était là bien tout le problème.

Les jours qui suivent mon éviction, j’ai la faiblesse de croire mon retour possible. Je revois le Président. Il me dit « Pour le moment, je ne peux rien pour toi. Mais si tu veux, tu peux toujours effectuer cette recherche que je t’ai demandée. 500 euros ».

Je suis sa pute. Sa pute à plume, qu’il sonne quand son incompétence le rattrape. Et moi, comme un con, j’accepte. Le travail est colossal. Il s’agit, ni plus ni moins, d’effectuer une étude sur le marché des objets connectés, le marché du fitness, le marché du running, les préoccupations des Français, etc. Le tout sur les 5 dernières années, à triple échelle France, Europe, Monde. Un travail que j’effectuerai avec sérieux, pour une synthèse de 16 pages.

Rdv dans un café, fin janvier, à côté des locaux de mon ancienne boîte. L’échange est apaisé. Je reçois mon salaire, « mais tu comprends, pour le moment, je ne peux rien pour toi. Par contre, passe chez moi la semaine prochaine, je te commande 3 articles. »

J’ai la tronche pleine de codéine. Je m’accroche au « pour le moment ». Je me dis pourquoi pas. De toute façon, ma situation financière ne me permet pas de refuser la pige. Alors je joue au con.

Je me rends chez le Président, qui m’accueille chaleureusement. Comme à chaque fois qu’il a besoin de moi. Je gare mon vélo à l’entrée. Je salue sa famille, et nous nous enfermons dans un local proche de l’entrée. Là, j’y reçois mes consignes. Trois papiers, efficaces, « couillus », sur le monde agricole, pour renforcer sa crédibilité. « Si ça marche, on va retravailler ensemble. » J’entrevois l’éclaircie. Peut-être…

Ce que je ne sais pas, c’est que sur les trois articles que je vais écrire, un seul sera publié. Le Président décidera donc de ne m’en payer qu’un seul, et encore… Il me faudra réclamer mon paiement, plusieurs mois plus tard. Comme nous n’avions pas discuté prix, il tentera de me la faire à l’envers. « Je te rappelle que tu m’avais proposé de travailler gratuitement ». Décidément, on ne se refait pas.

 

Rouler pour comprendre

Ces mois furent des mois de doute. J’avais toujours fait vite, pour ne pas décevoir mon entourage, et pour la première fois, je ne faisais rien, du jour au lendemain. Je ne le cache pas, ces heures furent sombres pour moi. Je n’ai jamais fait mystère de ma consommation de codéine, j’ai même écrit un article dessus. J’assume. Mes failles sont béantes, et c’est pour cela que je les aime. Tous les jours, en ces mois de janvier, février, et mars, je m’allume pour aller rouler. Je veux me prouver que je suis vivant, que je vaux quelque chose.

Je roule tous les jours, beaucoup, avec volonté. Je maigris, je m’affûte. Je me sens bien. Je ne tiendrai pas ici le discours convenu de la condamnation de la consommation de drogues. Je n’incite personne à rouler sous codéine. C’est dangereux, bête, et mauvais pour la santé.

Je plonge. Mais je purifie. Ma détox est une intox. Elle sent mauvais, elle ruisselle de sueur, elle dégueule parfois le soir. La codéine me permet d’aller plus loin dans la souffrance. Et donc de rouler plus longtemps. J’ai moins mal aux jambes. J’ai moins mal à la tête. Et étrangement, au fil des sorties, je deviens lucide et apaisé. Ma situation, le Président… Je comprends…

 

Claque de fin

Je comprends de plus en plus que mon histoire aux côtés du Président est finie. Il me l’annonce, « tu ne reviendras pas à la boîte ». Ça, j’avais compris. En revanche, il maintient toujours le doute quant à une future collaboration. Lorsque je lui réclame d’être payé pour ma trilogie d’articles, il me passe un coup de fil lunaire. Surexcité, il parle vite, sans respirer. « On peut plus fonctionner comme ça, mais tu sais, bon, oui pour moi l’année prochaine on pourrait bosser ensemble, faut qu’on voie, j’ai toujours dit ». Je n’ai le temps de rien dire, il a raccroché.

Bizarrement, alors qu’il vient de m’ouvrir tout grand une énième porte, je comprends que tout s’achève entre nous. À cet instant précis. J’ai mis le temps. Je l’aimais bien, ce mec. S’il existe un péché de naïveté, de bêtise, j’y souscris volontiers. Mais je crois y avoir plus gagné que perdu. Et puis, je bandais, tout simplement. J’aimais profondément les lignes que je couchais sur le papier. Fussent-elles signées en un autre nom. J’avais l’impression de faire quelque chose, d’être utile. Mais l’affaire était pour moi entendue. Aussi, quand le Président me contacte pour me faire une dernière proposition (hallucinante), j’ai pour la deuxième fois de notre histoire la lucidité de lui dire non. Je coupe le cordon. Je le sais. Il le sait.

Il me demande de faire le documentaliste pour son prochain ouvrage. Comme au bon vieux temps. Celui où pris par son agenda de ministre imaginaire, il n’avait guère le loisir de faire des recherches. Je reçois donc un document. C’est une To do list de plusieurs pages. Je dois, comme toujours, me charger du pratique, du réel, du vrai. Le travail est énorme. Le salaire : 500 euros. 500 euros pour faire documentaliste… J’ai 14 jours pour l’effectuer. Ramené en salaire horaire, c’est de l’ordre de 4 euros de l’heure.

Aussi, gentiment mais fermement, je dis non. Merci. Et au revoir.

 

Et maintenant ?

Je crois que je suis heureux. Je n’ose guère le clamer à haute voix. C’est d’ailleurs la première fois de ma vie que je l’écris. Pour ce qui est de la suite, j’ai faim. Faim d’écrire, encore et toujours. De rouler. De prouver, aussi. Je me sens meilleur, mieux armé.

Pour ce qui est du Président, je sais que les jours qui viendront seront probablement agités. Je le connais. Ce n’est pas homme à pardonner l’affront. Et je sais que ces lignes en sont un pour lui. Je connais aussi ses méthodes. Menaces verbales. Menaces physiques. Affabulation systématique. Je vais me transformer en démon, en ingrat probablement jaloux à en crever, malade mental. Le Président a été à bonne école. Celle du cyclisme des années 90, où l’on jetait l’opprobre sur le premier à dire la vérité.

Je sais pertinemment qu’en révélant l’enfer du décor, mon image va être salie. Je vais sans doute être taxé de tous les maux, de toutes les perversions. La vérité sera tordue, distordue, exagérée, saupoudrée de vérité, accablée de délires égotiques. Je vais perdre des amis, qui tomberont dans les pièges qu’il s’apprête à tendre. D’avance, je ne leur en veux pas. J’ai pendant de longs mois été sous l’emprise, je sais de quoi il en retourne. Des poursuites à mon encontre, peut-être. Mais j’en doute, car les faits ne mentent pas, eux. Président, je sais que tu lis ces mots. Alors je te propose de relire les tiens. Tu les écrivais en 1999 :

« La solitude. Le prix à payer pour avoir raison tout seul. Puisque je n’avais plus rien à perdre, je croyais être libre de parler. Grave erreur. Ce n’est pas parce qu’on quitte la mafia qu’on peut briser l’omerta. Bien sûr, personne ne m’a logé une balle dans la tête. On s’est contenté de me discréditer. Ainsi, mes propos n’avaient plus de valeur. Dans une civilisation de communication, l’image de celui qui parle est plus importante que ce qu’il dit. La partie était perdue d’avance. J’ai préféré me taire. »

Pas moi.

 

 

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