Fit fait, bien fait ?

Safe-Organic-Foods

Auteur pour l’un des piliers du bien-être en France, j’ai eu la chance de côtoyer l’univers de la fit attitude. Médias peu scrupuleux, enjeux de santé énormes, personnalités médiatiques ambivalentes, un petit monde qui deviendra grand.

Drôle de photo

Un an et demi passé à écrire tous les jours sur la nécessité d’aller mieux, ça vous change un homme. Il faut dire, j’abordais cette expérience professionnelle avec un peu d’appréhension. Cycliste depuis toujours, je savais les conditions nutritionnelles nécessaires à un bon fonctionnement de l’organisme. Ou tout du moins, j’en percevais les contours. Mais j’étais loin d’être convaincu par le discours « bio », les arguments du « sans gluten » etc.

Et puis… et puis pendant des mois et des mois, je me suis documenté. Profondément, consciencieusement. Petit à petit, les favoris de mon ordinateur ont pris la teinte des publications médicales, des rapports de l’OMS, de la FAO, des communiqués gouvernementaux, des débats parlementaires sur les questions sanitaires. Une forme d’investigation hors sol, sur le long terme. La photographie qui en ressort est surprenante.

Médias, c’est quand la rigueur ?

Lorsque tu écris la chronique double-hebdo de ton boss pour une grosse émission de télé, ta marge d’erreur est très limitée. Avoir des millions d’oreilles pendues à ta plume, ça peut crisper. Alors, pas le choix, il faut « bétonner ». Comprenez, être sûr de ce que l’on avance. Ce qui revient parfois à passer à côté d’une info qu’on sait réelle, mais dont les sources ne sont pas assez documentées. Question de professionnalisme.

Mais surtout, au bout, si tu ne sais pas forcément où et comment chercher, tu sais où ne pas trouver. Dans cette catégorie poubelle que tu refermes pour ne plus l’ouvrir, tu ranges toute la presse nationale et la PQR, à trois exceptions précises. Les publications du Monde, et de son excellent journaliste spécialisé Stéphane Foucart. Marianne, qui sort de solides papiers critiques sur les études de santé. Et la partie santé du Figaro.fr, documentée et sérieuse quant aux propriétés nutritionnelles des aliments.

Pourquoi ce grand tri ? Parce qu’à ces exceptions près, la presse dans son ensemble souffre de lacunes monstrueuses en termes de santé, de bien-être, et d’activité physique. Le gouffre est abyssal. Les journalistes qu’on charge de parler de la dernière étude en vogue ne maitrisent rien des sujets qu’ils plument. Quand ce ne sont pas des stagiaires qu’on met là pour boucher des trous, ce sont des journalistes non formés, non informés, dont ce n’est ni la passion, ni le passe-temps. Difficile donc de faire preuve d’une once de recul. Facile donc de tomber dans les pièges grossiers dont recèlent souvent les études.

Et ça, c’est quand le journaliste prend le temps d’aller lire l’étude ou son résumé, souvent en anglais. Gros écueil. Voilà pourquoi lorsqu’une étude sort, il suffit qu’un journaliste d’un quotidien important se trompe dans le survol qu’il en fait pour voir son titre repris quasiment à l’identique par ses congénères paresseux. On en arrive à des non-sens, des contresens énormes. Et que cela concerne la taille des ongles, le bio ou le cancer, tout cela se passe sans remous. Comme si la santé était une niche où raconter n’importe quoi n’est, finalement, pas si grave.

Des enjeux massifs

Je viens d’une famille communiste. Viscéralement communiste. Un grand-père, ancien international de rugby, inspecteur général de l’équipement, ami de Sartre et encarté depuis que la carte existe. Un père qui fut plume de Marchais, conseiller des ministres communistes, ami d’Aragon, formé par le Parti. Une mère qui vécut près de 10 ans en URSS. Bref, j’ai été élevé aux chœurs de l’Armée Rouge.

Pourtant, beaucoup d’entre eux ne comprirent pas mon engagement dans cette voie du bien-vivre, de l’alimentation saine et de l’activité physique. Faire de cela mon cheval de bataille, c’était un peu annexe à leurs yeux. La vraie lutte n’était pas là. Je me heurtais invariablement au productivisme industriel auquel les communistes ont tendance à vouer un certain culte.

Car il faut bien le dire, quand tu parles d’alimentation saine, tu tapes une fois sur deux sur l’industriel. Le premier conseil à donner à toute personne qui veut perdre du poids, c’est d’arrêter totalement les préparations industrielles. Les grands groupes de l’agro-alimentaire ne sont pas bêtes, ils connaissent le potentiel addictif délirant du sucre. Ils rajoutent donc à toutes leurs préparations du sucre, sous des formes diverses. Même dans le cassoulet, vous retrouverez du sirop de maïs d’index glycmique 115 (plus que le sucre pur). La voie vers le diabète est grand ouvert.

Militer pour le bien-être commun passe d’abord par l’assiette. Et ça, ma vieille garde communiste endogmatisée ne l’a pas saisi. Pourtant, on parle bien là d’enjeux énormes. La prévention de l’hyper-tension, de certaines formes de cancers, du diabète etc. Tout commence dans l’assiette. Seulement voilà, convaincre le tout-venant est une drôle de paire de manches. Il faut naviguer en eaux troubles, ne pas brusquer les habitudes, si mauvaises soient-elles. Faire face à des idées reçues profondément ancrées dans l’imaginaire collectif. Prendre sur soi quand pour la 12ème fois de la journée, tu t’entends répondre « de toute façon, faut bien mourir d’un truc ». En clair : responsabiliser sans culpabiliser. Vaste programme.

Gare aux gourous

C’est la plaie du bien-être : les experts auto-proclamés qui fourmillent sur les plateaux TV. Comment expliquer qu’un J-M. Cohen soit systématiquement invité dans les médias, alors qu’il multiplie les erreurs, et se perd en conflits d’intérêts connus de tous ? Encore une fois, la santé est le laissé pour compte du journalisme. C’est tout au plus une rubrique avant la météo, histoire de combler les deux minutes d’antenne qui restent.

De temps à autres, des enquêtes retentissantes nous rappellent quand même qu’on mange vraiment de la merde, qu’on se tue un peu la santé tous les jours. Deux jours plus tard, le soufflet est retombé, merci Madame, merci Monsieur, on peut revenir écouter la médiocrité de Jean-Miche au micro d’Europe 1.

Même là où le discours est juste, il y a une tendance que je regrette à la dérive sectaire. Mon boss tenait le bon discours. Celui de la lutte contre l’addiction au sucre, de la promotion du bio, de la mise en garde sur le gluten, les pesticides, l’alimentation trop carnée. Seulement voilà, son truc à lui, c’était l’exagération. Pour convaincre, il tenait la politique du raccourci pour la bonne. En un sens il avait raison : la télévision pousse à cela. À condition de rester dans le juste, le vrai, le sourcé, le vérifiable. Mais petit à petit, il s’est complètement coupé de toute rigueur, de tout travail de recherche, pour grossir le trait. Souvent, il m’appelait pour me demander de trouver des chiffres afin de justifier une des sorties qu’il venait d’effectuer. Si bien que je passais plus de temps à tenter de justifier les élucubrations du boss qu’à écrire sur le fond. Exagérer pour convaincre, c’est perdre immédiatement et pour toujours la confiance de gens que l’on peinait déjà à convaincre du bien-fondé de notre discours. Le mécanisme était simple. Quelques exemples, qui montrent qu’à partir d’un discours juste, on peut facilement dériver dans la manipulation.

Depuis 2006, l’espérance de vie en bonne santé baisse dans certains pays riches, témoin des affres de la malbouffe. Dans la bouche du boss, cela devenait : « depuis 2006 l’espérance de vie baisse dans les pays riches ». Petite omission, grosse différence.

De même, je reçois un jour un appel « urgent » du boss, me demandant de trouver coûte que coûte des aliments bios moins chers que les aliments issus du commerce traditionnels. Il lui fallait justifier une sortie hasardeuse sur le prix du bio. Et là, tu te rends compte que cette figure du bien-être a beau avoir écrit des « livres d’enquête » parlant du bio, il n’en connaît pas la donnée première : le prix. Ou alors le livre en question n’est pas si enquêté que cela, ce que je n’ose imaginer, bien entendu. Pour avoir étudié la question pendant des mois, bien sûr que le bio est une condition au bien-être alimentaire. Mais le faire passer pour un produit moins cher que le traditionnel, c’est un mensonge, malheureusement. Certains produits sortent du lot, mais la moyenne ne ment pas. Comme il existe une justice à deux vitesses, il existe une alimentation à deux vitesses. Plutôt que de le nier, il faut le combattre.

Autre sortie mémorable sur une radio nationale très écoutée, où le boss affirme qu’une pomme des années 1950 vaut 110 pommes des années 2010. Problème : dans son livre, il a écrit 100. Décidément, un drôle de livre. Exagération, encore et toujours. Surtout que le sérieux de ce genre d’étude est pour le moins douteux.

Un autre jour, il me soutint que le brocoli contenait plus de protéines qu’un steak de bœuf ! Rien que ça. Face à mes protestations, il ne manquera pas de m’envoyer pour justification un schéma ridicule sorti d’un site que tout nutritionniste un tant soit peu éduqué sait éviter. Je comprends mieux l’enquête, d’un coup. Et des anecdotes comme celles-là, j’en ai comme s’il en pleuvait. J’ai gardé les sms et mails farfelus, témoins de ce genre d’aberrations nutritionnelles. Qui sait, un jour je sortirai peut-être un livre-enquête-étude-investigation-inflitration sur le bêtisier du bien-être.

Voilà je genre d’experts qui paradent dans les médias. Le discours peut tirer dans le bon sens, sauf qu’il souffre souvent d’un certain intégrisme, d’un manque de recul qui gâchent tout. Seuls travail et rigueur en prémunissent, et pour l’avoir vécu de l’intérieur… J’ai des doutes. Des doutes très documentés. Je suis convaincu que nous méritons mieux que cela. Qu’en s’informant, en faisant des choix simples et efficaces au quotidien, nous sauront nous affranchir de ces chevaliers décadents.

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2 réflexions sur “Fit fait, bien fait ?

    • Merci ! Oui, il restera. Les autres sont en brouillon dans mon wordpress, je les garde sous la main. Je les ressortirai si certains ont la mauvaise idée de me re-menacer. Une pièce de plus dans mon jeu, somme toute. Et ils le savent.

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