Vayer, le malentendu a assez duré

PLERIN, FRANCE. SEPTEMBER 25, 2013. Antoine Vayer, former coach of the Festina cycling team and anti-doping specialist. Photo: Antoine Doyen

Photo: Antoine Doyen

Mon parcours est celui d’un amateur de cyclisme, amoureux de ce sport. J’ai débuté sur le vélo sans avoir aucune idée du monde professionnel. Et petit à petit, de coup de pédale en tour de roue, j’ai forgé un réseau. Anciens pros, anciennes gloires du peloton pro, amateurs aspirants, préparateurs physiques, entourage des coureurs etc. Alors, forcément, j’ai fait mon éducation. Alors, forcément, mon avis sur Vayer a évolué.

De héros à zéro

Je suis venu au vélo en regardant VDB, Armstrong ou Pantani. Ceux sont eux qui m’ont donné envie de monter sur un vélo, de leur ressembler. Avec mes économies, je me suis payé les vélos, les maillots. Une passion comme une autre. Qui va de pair avec la connaissance de l’histoire de ce sport. C’est là que j’ai croisé pour la première fois Antoine Vayer. Je me suis intéressé de très près au dopage, j’écoutais ses interviews. Je l’avoue sans sourciller, ses mots, ses « démonstrations » m’ont convaincu. Je n’avais à l’époque aucune échelle de valeur, pouvant amorcer un jugement construit. Je tentais de comprendre, de saisir les nuances, les watts etc. Vayer me paraissait crédible, son expérience me semblait parler pour lui. Et puis…

Et puis patatra, le mythe est tombé. Au fil de mes lectures, de l’examen attentif des déclarations, dans les articles ou sur les réseaux sociaux, je n’ai pu m’empêcher de noter une aigreur énorme dans les propos de ce monsieur. Je ne sais s’il s’était rêvé une grande carrière professionnelle. Je ne sais si je puis me permettre de déceler une pointe de jalousie dans les dénonciations tout azimut d’Antoine Vayer. Je ne compte pas tomber dans le travers qu’il emprunte au gré de ses publications : l’attaque ad nominem, le jugement personnel et autorisé de tout, en toute matière, notamment privée. C’est le gouffre sans fond dans lequel toute discussion avec ce genre d’individu attire irrémédiablement. Et qu’il faut donc éviter, pour éviter de recourir aux mêmes artifices que ceux d’un homme dont les propos me révulsent.

Du fond, du concret. Les mots ont un sens. Un sens aiguë que ne peuvent ignorer ceux qui se saisissent de la plume, a fortiori lorsqu’il s’agit d’écrire dans Le Monde (nous y reviendrons). Comment dès lors ignorer l’immense immondice que constituent les propos d’Antoine Vayer, lorsque le corps du jeune Antoine Demoitié encore chaud, il lance sur twitter des rumeurs d’utilisation de produits ayant causé le décès. Quelle honte ! Quel dégoût ! Et c’est la plume baveuse de ce monsieur qui s’étale dans le premier quotidien Français ? Il faut se poser la question du pourquoi du comment. Car tout tourne autour de cela, somme toute.

Accusé(s), levez vous

Le cyclisme est depuis tant d’années le bouc-émissaire facile de l’imaginaire collectif. Sport de dopés, efforts insurmontables etc. Les clichés ont la peau dure. Il faut dire, le milieu cycliste a la capacité étonnante à se tirer des obus dans le pied dès lors qu’il y a un petit billet à récolter. Les vautours sont nombreux, et tournoient, envieux, au-dessus du peloton, guettant la moindre faiblesse, le moindre écart. Le fond de commerce d’individus comme Antoine Vayer est simple : faire du bruit, du boucan, pour jeter la suspicion et entretenir l’image d’un cyclisme où l’on ne nous dit pas tout. L’attrait du complot, la curiosité malsaine du public… Rien de nouveau sous le soleil, mais suffisant à expliquer pourquoi le journalisme sportif dans son ensemble se satisfait de cette image de mouton noir du vélo. Impossible d’ignorer que cette position n’est pas sans arranger au plus haut point les fédérations des autres sports. Rugby, football, ou encore tennis, où les athlètes disposent d’un blanc-seing quasi-automatique. Zidane a beau avoir été dénoncé (en direct, par Johnny Hallyday en personne, s’il vous plaît) comme utilisant un dopage sanguin lourd, Ribéry comme perfusé aux corticoïdes, les médecins des clubs professionnels peuvent bien avoir toutes les casseroles du monde au cul, peu importe : la seringue est réservée aux cyclistes. Circulez, il n’y a rien à voir.

L’opportunisme, l’appât d’un gain éphémère, l’aigreur, tant de facteurs qui se croisent lorsqu’il s’agit d’évoquer le dopage. Un exemple tout simple. J’ai travaillé pendant plus d’un an aux côtés d’un ancien pro, aujourd’hui reconverti dans le fitness et les médias. Il est édifiant de saisir l’aigreur incroyable de cet homme, ami de Vayer, qui fonctionne sur le même mode : balancer des noms, des « infos », sans se soucier des conséquences, pourvu que l’encre coule. Je me souviens d’une conversation avec lui, devant un journaliste influent (comme toujours), où il m’annonçait avec suffisance combien le Team Sky était une supercherie encore plus grande qu’Armstrong. La raison ? L’étape de la Pierre Saint-Martin. Pendant deux minutes, il m’expliqua en quoi la performance de Froome était irréelle… avant de m’avouer n’avoir pas vu l’étape. Même personne qui dit connaître tout le monde dans le peloton, et qui, en mai, me demande si Milan San-Remo est passé… Voilà le genre de pseudo-experts qui se fiche complètement de salir des réputations. Et qui ferait bien de balayer sacrément devant sa porte avant de l’ouvrir sur les questions de dopage. Je n’irai pas plus loin, je n’ai pas les moyens d’affronter un procès. Néanmoins, je rappelle avoir sauvegardé tous les textos et mails confondants. À bon entendeur, salut… Les vantards ont ceci d’amusant qu’ils parlent trop. Ça tombe bien, les tribunaux adorent les preuves, et je me ferai(s) une joie de prendre les amoureux des caméras à leur propre jeu.

Ce genre d’anecdote est le cœur du problème. Pour exister médiatiquement, ou par simple égo (le fameux « j’existe encore »), il s’agit de faire le plus de bruit possible. Il faut faire son intéressant en jouant le rôle de celui qui sait, celui qui a l’oreille des pros, qui est dans la chambre avec le vainqueur du Tour, qui a très bien connu untel etc. Vayer fonctionne de cette façon aussi. Il profite de notre voyeurisme malsain. On aime a imaginer qui prend quoi. On raffole des révélations. On attend avec impatience les semaines qui suivent le Tour, pour avoir le fin mot des histoires salaces de perfusions dans les chambres d’hôtel. Vayer entretient le fantasme. Il a une autoroute devant lui. Facile de caresser les pulsions d’un public pas toujours averti. Apporter des faits autres que des supposés calculs que tout chercheur démonte en une minute… plus compliqué à produire. Peu importe ! On veut du sang, on veut des tricheurs pour leur chier allègrement dessus.

Gagnant-gagnant destructeur

Le jeu d’un Vayer est gagnant-gagnant. C’est celui, bien connu et couard au possible, du « je vous l’avais bien dit ». En jetant l’opprobre sur tout le monde, on se donne toutes les chances possibles d’avoir raison en cas de contrôle positif. Des tricheurs, il y en a, comme partout. Et vous pouvez être certains qu’à chaque cas de dopage, les « experts » made in Vayer répètent en chœur « je vous l’avais dit ». Leur position s’en trouve renforcée, leurs tribunes se multiplient. Qu’il est facile d’être oiseau de mauvaise augure…

Il faut aussi évoquer le niveau affligeant du journalisme sportif en France. C’est clairement le parent pauvre de la discipline. Raconter n’importe quoi n’y est finalement pas si grave. Jamais un homme comme Vayer ne disposerait des tribunes dont il dispose si les journalistes sportifs faisaient le minimum du travail requis. La mauvaise herbe peut fleurir en paix, les jardiniers sont absents. Quelques voix rationnelles s’élèvent quand il s’agit de dopage, celle de Nicolas Geay notamment, mais qui veut entendre ? On aime à détester le cyclisme.

La cible est facile d’accès. Le cyclisme, aujourd’hui le sport le plus avancé en terme de lutte anti-dopage, a vécu des années noires. Il ne sert à rien de le nier. Il faut être capable d’en parler. Je ne suis pas de ceux qui poussent des cris d’orfraie lorsque la chose est évoquée publiquement. Douter de certaines performances ne me choque pas, c’est même la preuve que nous sommes à des années-lumière en avance sur les autres sports. Mais cela ne dispense pas de faire preuve d’un immense respect envers les coureurs. Vayer fait son beurre sur le dopage. Supprimez le dopage, et vous le rendrez plus malheureux que jamais. Il lui faut sa dose de délation pour exister. Sans cela, comment existerait-il ? Sa plume est mauvaise, son français approximatif, son charisme à peu près égal à celui d’un poulpe endormi.

N’oublions cependant pas le potentiel de nuisance des dénonciations à tout va. Nous connaissons tous le prix que paye le cyclisme pour son histoire parfois tumultueuse. Les sponsors s’en vont, et il est très difficile d’en attirer de nouveaux. Le modèle financier ne semble pas apte à surmonter la crise profonde que le vélo traverse. Nous n’avons vraiment pas besoin d’un abruti à plume qui n’a d’autre intérêt que d’enfoncer un peu plus la réputation d’un sport. Pense-t-il au potentiel investisseur qui lirait une de ses tribunes outrancières ? Pense-t-il aux acteurs quotidiens du cyclisme professionnel et amateur, qui voient en quelques lignes le travail de plusieurs mois ravagé par l’égo d’un triste sire ? Qu’on ne s’y trompe guère. Antoine Vayer n’a rien en commun avec les lanceurs d’alerte. Eux délivrent des preuves, choisissent de perdre leur travail pour que la vérité éclate. Lui fait de la délation une source de revenu, et avance sans preuve (d’où son cycliste « masqué », tiens donc). Il évite systématiquement la confrontation, et bloque toute tentative de contact de la part des membres d’équipes professionnelles, des journalistes d’investigation compétents et avertis, ou encore des scientifiques. Bref, de tous ceux qui pourraient révéler la supercherie. Définitivement, le malentendu a trop duré.

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9 réflexions sur “Vayer, le malentendu a assez duré

    • Je ne connais pas Jérôme, mais je refuse qu’on se laisse aller à de la dénonciation de ce type. C’est précisément ce que me semble faire Vayer, et c’est précisément ce que je n’aime pas. Les cyclistes sont des athlètes de fond merveilleux, je ne puis juger du niveau physique de ce Monsieur, mais j’ai un profond respect pour ce genre de performance.

  1. Article intéressant et premier que je lis avec un argumentaire contre Vayer. Néanmoins, permettez moi de relever une petite « bourde » dans vos écrits. Le tweet abominable sur lequel il spéculait sur les causes de la mort d’un coureur correspondait au décès de Daan Myngheer. Et encore, il avait twitté au moment où le malheureux était dans un coma profond avant de nous quitter.

    • Merci !! Pas un sujet facile. Pas mon meilleur papier. Mais j’ai dit ce que j’avais à dire. Et voir Vayer et ses chiens de garde sur le pied de guerre, salissant mon nom, est une excellente nouvelle. J’aurai au moins visé juste sur certains aspects.

  2. Excellent article, très pertinent. A Vayer fait de l’argent avec le dopage. Si, un jour, il n’y en a plus, il perdra tous ses revenus… Je me rappelle d’une interview donnée l’été dernier, dans laquelle il affirmait que dans les années 95/96, il était considéré comme le meilleur entraîneur du monde ! Je n’ai jamais entendu une aussi grosse connerie…

    • Merci beaucoup pour ce commentaire. Sujet pas facile, pas mon meilleur article. Je pense le réécrire, en moins fouillis. Je ne peux ni trop en dire, ni pas assez. Mais je suis heureux qu’il ai trouvé une résonance en vous. Quant aux prétentions de Mister Vayer… ça ne fait toujours qu’une casserole de plus.

  3. Intéressant vos articles sur le cyclisme, c’est le sport que je pratique à chaque occasion, pour éviter de prendre la voiture tout simplement.
    En Alsace il a été aménagée beaucoup de pistes cyclables, alors pourquoi ne pas en profiter 🚲

  4. Merci pour cet article! Je m’intéresse au cas Vayer depuis quelque temps, et vous êtes le premier qui présente une critique de fond sur le personnage. Je trouve certaines de ses analyses pertinentes, cela dit, le coté aigri du personnage ainsi que sa personnalité peu raffinée pose question. Il y a notamment une haine viscérale entre lui et des personnages comme Madiot ou Bernaudeau qui mériteraient d’être fouillés! A plus tard pour de nouveaux articles.

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