Ben Arfa, et si on revenait sur terre ?

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«  N’en déplaise aux doux rêveurs à plume » 

Exigence. Encore et toujours. Envers soi-même, son entourage, et parfois ses coéquipiers. Mais envers soi-même d’abord, irrémédiablement, inlassablement. C’est cela, la condition sine qua non du haut niveau. C’est à ce paramètre fondamental que Ben Arfa semble être incapable de souscrire. Et qui le cantonne au rôle de bon joueur de Ligue 1. Pas plus. Pas moins. C’est déjà beaucoup. Il faut s’y faire, et laisser de côté les mythes pour laisser parler la crue(lle) réalité du terrain.

Le postulat de départ est d’une simplicité biblique : le PSG est un club du Top 8 européen, aspirant à être régulièrement acteur du dernier carré de la Ligue des Champions. L’argent du Qatar ne brille que pour cela, les titres nationaux ne sont là que pour légitimer la quête du graal continental. C’est en ce sens que Blanc a dû céder sa place à Emery. Partant de là, le maître mot ne peut être autre qu’exigence. Or Hatem Ben Arfa méconnaît ce principe pilier du top niveau européen. On ne peut arriver, après une renaissance actée à Nice, avec 5-10kg de trop au PSG. On ne peut tarder des mois et des mois à les perdre. Et n’en déplaise aux doux rêveurs à plume, on ne peut donc prétendre à un temps de jeu élevé dans un top club avec cette condition physique désastreuse. Nous sommes en décembre, la moitié de la saison sera bientôt passée. Hatem Ben Arfa est toujours très loin d’être fit. Ce qui vaut à Nice ne vaut pas à Paris. Il est tout bonnement inacceptable de ne pas avoir une silhouette de joueur professionnel là où l’exigence doit prévaloir. Les discours réclamant à coups de grands effets de manche la titularisation de Ben Arfa ne valent donc rien. Sinon le discrédit de leurs auteurs, souvent plus occupés à travers ce cas à assouvir leur soif de démolition d’un coach étranger plutôt que d’apporter de l’eau au moulin asséché du joueur.

« Tant pis » 

La question de la confiance semble cristaliser l’ensemble du débat. On reproche à Emery un management dégradant et contre-productif à l’égard de Ben Arfa. J’entends deci delà que ce joueur nécessite d’être mis en confiance, par un temps de jeu important, des responsabilités offertes. Fort bien. Mais ma réponse sera invariable : pas dans un top club. Je ne peux entendre que Ben Arfa n’est pas bon parce qu’il n’a pas été mis en confiance avec un temps de jeu famélique. Je le comprends, mais si j’accepte le fait, je n’en tire pas d’autre conclusion que : tant pis. C’est dur, mais c’est la loi du haut-niveau.

Depuis son arrivée au PSG, la balle est dans le camp d’Hatem. Pas dans celle du coach. Lui n’a que faire du statut d’enfant prodige de Ben Arfa. Enfant, il ne l’est plus. Prodige, il ne l’a que très rarement montré dans sa carrière. Si l’on omet un Ronlado ou un Messi, le concept de statut est par nature étranger à la performance au sein des top clubs. Le temps de jeu se gagne, s’arrache avec les dents (Suarez si tu nous regardes…).  Regardons à ce titre ce qu’il se passe dans les autres clubs habitués au haut niveau européen. Morata, Pedro (époque Barcelone), Navas, Isco, Rashford, Asencio, Mané, Cuadrado, Thiago Alcantara, Agüero… En voilà des noms ronflants, pour la majeure partie au talent pur égal ou (bien) supérieur à celui de Ben Arfa. Pourtant, comme tout joueur de grand club, ils ont ciré, cirent ou cireront encore le banc de touche. Leurs performances devront convaincre l’entraineur de la nécessité pour le bien de l’équipe de les titulariser. Le Real, Le Bayern, City, ManU, le Barça, la Juve, Liverpool, tous ces mastodontes sans exception fonctionnent ainsi. 

La concurrence fait partie du haut niveau. Certains semblent le découvrir. Qu’ils aillent donc faire un tour dans ces grands clubs. Ils peuvent même pousser l’expérience au-delà du football. Rugby, cyclisme, athlétisme… L’obligation de résultat, au sens juridique du terme, compose l’adn du sport professionnel. La compétition entre joueurs est la conséquence naturelle de l’idée suivante : dans la mesure où nous devons gagner, le meilleur joue. Point. 

« Le pré a livré ses vérités » 

Autre aspect du problème, la fameuse « adaptation ». Qu’on réclame une période de mise en jambe pour Ben Arfa, c’est méconnaître l’immédiat besoin de résultats d’un club qui veut terminer premier de son groupe en Champions League. La compétition débute en septembre. Le rodage se nomme donc préparation estivale. Si celle-ci est défaillante pour Ben Arfa, s’il n’a pas fait le nécessaire pour être apte à jouer, c’est son problème. Par quel sophisme voudrait-on que Ben Arfa gagne sa place de titulaire… en l’étant chaque week-end ? C’est absurde. Ça n’a aucun sens. Nulle part cela ne fonctionne ainsi. Et il serait temps que certains experts autoproclamés du ballon rond s’en rendent compte. Il est assez hallucinant de constater qu’un joueur de 29 ans n’ayant jamais connu le très haut-niveau puisse bénéficier d’un blanc-seing automatique pour jouer tous les matchs, fût-il mauvais, auprès d’une presse ignorante et de techniciens incompétents. Comme partout où l’esprit de victoire est une identité ancrée au fond de l’institution, le PSG ne doit pas avoir à considérer le cas particulier d’un joueur anonyme sur la scène continentale et internationale. 

D’autant que le pré a livré ses vérités. Et qu’à moins d’avoir -10 à chaque oeil, et un quotient footballistique équivalent à celui d’une huître morte au siècle dernier, les performances de Ben Arfa brillent par leur médiocrité. Je l’écris avec tout le respect qu’un journaliste doit avoir envers un athlète professionnel au talent par essence immense. Mais avec aussi une certaine déception. Le révélateur était là, enfin, pour Ben Arfa. Les semaines avancent, sa silhouette est toujours aussi empâtée, ses ballons perdus s’entassent à la pelle, ses dribbles inutiles, ses touches de balles multipliées, ses passes mal ajustées, ses choix de jeu incompréhensibles… tout s’enchaine et s’accumule, au point de ne plus pouvoir en douter : Ben Arfa et le très haut-niveau, ça fait deux, voire un peu plus. Quand il eut en Ligue des Champions la chance de débuter une rencontre, lors du match pour assurer la 1ère place du groupe au PSG, Ben Arfa a encore justifié les critiques précédemment citées. Certes, son jeu est tremblotant. Oui, ben Arfa manque des gestes qu’il réussit les yeux bandés avec 3g d’alcool dans le sang. Bien sûr, il n’est pas en confiance. Tout cela se sait, se sent. Mais cela n’entre tout simplement pas dans l’équation que le club et donc le coach prennent en compte.

En définitive, on ne peut que s’étonner de la véhémence des critiques à l’endroit d’Emery sur la gestion du cas Ben Arfa. N’est-ce pas lui qui dispose des données physiques et techniques du joueur qu’il voit s’entrainer, et qu’il suit avec son staff ? Que des journalistes, en quête perpétuelle du nouveau Zidane, s’excitent comme des enfants capricieux la plume à la main et la bave aux lèvres, cela ne concerne en rien Emery. Son choix est celui d’un coach reconnu (pourvu qu’on ait une fois dans sa vie passé la frontière espagnole). D’un homme habité par le football, par la réflexion autour de ce jeu. D’un homme qui souscrit à une identité de jeu, que l’on peut à loisir discuter, mais certainement pas sacrifier à l’hôtel de théories hors sol sans autre intérêt que de prouver, une fois de plus, combien la France n’est pas un pays qui respire le football.

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