Ci-gît le rugby français

Top14, machine à perdre

Qui osera encore dire après ce mois de tournée que le « Top14 est le meilleur championnat du monde ». Comme toujours, il aura fallu plusieurs années au rugby français pour regarder autre chose que son nombril et s’apercevoir que le championnat national est bien loin des standards internationaux. Impossible de préparer des joueurs correctement avec un jeu d’auto-tamponneuses incapables de faire une passe. On s’est gargarisé des succès de Toulon en Europe. Mais bon sang, regardons qui étaient les leaders techniques de cette équipe extraordinaire ! Hayman, Botha, Van Niekerk, Wilkinson, Nonu, Mitchell, O’Conor. Hormis Fofana, qui est aujourd’hui capable de citer un joueur français au-dessus de la moyenne techniquement à son poste par rapport à la concurrence internationale ? Il est de bon ton de se plaindre du manque de temps de jeu accordé aux jeunes joueurs français lors des matchs de Top14. Certes, mais se cantonner à dire cela, c’est ne rien dire du tout ! Regardons plutôt la réalité en face : face aux joueurs étrangers du Top14, nos joueurs français ne jouent pas car ils sont moins bons. Point. Comment reprocher aux clubs, qui sont des entreprises, d’aligner leurs meilleurs éléments sur le pré ? 

Le Top14 est déficitaire en tout point. Lenteur, tout d’abord. Il est saisissant de regarder un match du championnat français et d’enchainer avec un match du SuperRugby. Même des équipes de bas de tableau jouent bien plus vite et plus juste que les gros du Top14. C’est criant, et dérangeant. Alors on se satisfait de bien pousser en mêlée et que nos centres sachent bien gratter des ballons. Le wagon du rugby international est passé depuis longtemps, le rugby français était bien trop occupé à se regarder dans la glace pour le prendre en marche. Nous avons au minimum 5 ans de retard. Nous sommes le seul championnat majeur où le temps de jeu effectif a en moyenne diminué par rapport à l’année 2007, il y a 10 ans. Cherchez l’erreur.

Autre domaine anecdotique mais révélateur : le comportement inadmissible des entraineurs sur le bord du terrain. En Top14, il est de coutume d’insulter l’arbitre à pleins poumons lorsqu’on est entraineur sur le bord du terrain, de lever les bras au ciel, d’invectiver à tout va. Des moments de classe que les les micros d’ambiance de Canal+ captent chaque week-end. Regardez par exemple le comportement insupportable d’un entraineur comme Christophe Urios, dégoulinant de vulgarité pour ne pas dire plus, et vous comprendrez. Au niveau international tout cela ne passe évidemment pas. Si bien que, fait rarissime dans le rugby moderne, l’arbitre du match France-Japon a dû interrompre le jeu pour réprimander sèchement Jeff Dubois, l’adjoint terrain des Bleus. Rien de mieux pour tourner un arbitre contre sa propre équipe. Jusque là, le Top14 étend son ombre néfaste sur l’Équipe de France.

Physique, une aberration française

Un bon physique = des kilos en plus. Voilà le raisonnement décérébré qu’a effectué le rugby français ces dernières années. En voyant les nations du Sud nous marcher dessus physiquement, les génies de l’ovalie française ont décidé d’axer toutes les sélections cadets/minimes sur des critères de taille et de poids. Là où en Nouvelle-Zélande, dès l’âge de 6 ans, des catégories de poids sont justement mises en place pour que le physique n’interfère pas dans le développement technique des jeunes joueurs en devenir. Nous, on a fait les choses à la française, sans s’occuper de ce qui se fait à l’étranger, et qui accessoirement fonctionne. On a donc mis les joueurs à la musculation, et uniquement à la musculation. En négligeant totalement la base du rugby : la technique. Discutez avec des formateurs Anglais, Irlandais, ou de l’Hémisphère Sud, pour eux la chose est claire : skills, skills et re-skills. Le physique se travaillera plus tard, entre musculation personnalisée et nutrition adaptée. Tout l’inverse de notre modèle qui n’en est pas un. 

Que dire du volet nutritionnel ? En suivant des programmes alimentaires dignes des mauvais livres de nutrition des années 50, nos joueurs sont tous en surpoids. Ils ont beau faire 20kg de plus que leurs adversaires, ils reculent à chaque impact. L’illustration ne pouvait pas être plus parfaite que contre le Japon, où chaque joueur devait nous rendre au minimum 10kg. Et pourtant, physiquement, la France s’est fait atomiser sur les contacts. Rappelons à cet effet que la France ne juge pas bon d’imposer à ses joueurs un programme nutritionnel. Rappelons également que lors de leurs déplacements hors de nos frontières, les joueurs du XV de France se nourrissent au self-service des hôtels où ils séjournent. Ainsi, lors de la Coupe du Monde 2015, la Fédération n’avait pas jugé opportun de détacher un cuisinier pour suivre l’équipe. Les joueurs avaient publié leur menu en pleine compétition : spaghetti bolonaise à volonté… Que dire. Ah si, on voyait dans un reportage un joueur dire sérieusement « Bon, pour la nutrition on se prépare, on essaye de réduire le fromage par exemple ». Bienvenue chez les médiocres.

Pas étonnant de retrouver sur le terrain un troupeau d’obèses incapables de jouer plus de 30 minutes au plus haut niveau sans sombrer physiquement, promenant leur graisse d’en-avant en en-avant. Et puisqu’il faut être concret, n’ayons pas peur des noms.

Bastareaud a au minimum 10kg de trop pour exister au niveau international au poste de centre. Il peut faire tomber un joueur, il est incapable d’influer au-delà de l’heure de jeu, trop fatigué. Sans parler d’un replacement défensif inexistant, et d’un temps de retard évident dès les premières minutes du match passé. Il suffit de se focaliser sur lui lors du premier essai clermontois pendant la finale 2017 du Top14 pour s’en convaincre : on a beau jouer la 25ème minute, Bastareaud, carbonisé, est incapable de suivre la foulée de son vis-à-vis, et coûte l’essai à son équipe. Camille Lopez a est tellement gras que sur la broche il pourrait donner de l’huile pendant 1 semaine sans discontinuer. Problématique pour un animateur de jeu qu’est le numéro 10. Bien que doté d’une bonne technique et d’une certaine intelligence de jeu, son surpoids ralentit sa vitesse d’exécution et altère sa lucidité dans les actions longues qui font le propre du niveau international. Et voilà comment un joueur qui surnage au niveau du Top14 peine à exister à l’échelon supérieur. Henri Chavancy doit être à 25% de masse graisseuse. Lui qui au test physique annuel du Racing, au top de sa préparation, explosa au bout de 6km à vélo dans la montée du col du Pla d’Adet pour finir dans les dernières positions du groupe, derrière les avants. Dumoulin, qui heureusement a disparu des radars, après deux mois de préparation pré-Coupe du Monde affichait en septembre 2015 un bidon digne d’un pilier de bar. Signe que la préparation physique du XV tricolore est à côté de la plaque. Les premières lignes Atonio/Taofifenua/Chiocci sont tout simplement obèses, Jefferson Poirot en surpoids. Le deuxième ligne Taofifenua a également dix bons kilos en trop, et a systématiquement un genou à terre à chaque arrêt de jeu après une demi-heure de match. Tous ces joueurs sont déjà limités techniquement à la base, alors imaginez avec des kilos en trop, de la fatigue précoce, faire une passe devient un exploit, la faire vite une utopie. 

Exemple typique, puisque là aussi il faut être concret : le monstre physique Ma’a Nonu n’est pas sélectionné par la Nouvelle-Zélande pour la Coupe du Monde en 2007. Le staff s’en explique : trop physique, trop limité. Et lui donne une feuille de route : développer massivement ses skills, son jeu au pied pour suppléer le 10, et perdre du poids. Résultat, 4 ans plus tard, Nonu est le meilleur centre du monde en ayant rempli la feuille de route (il passera d’ailleurs de près de 120kg à 105-107kg). Bien qu’ayant perdu plus de 10kg, il fait plus mal à l’impact et avance plus car il arrive avec plus de vitesse. Dans le même temps, la France se refuse à faire perdre du poids à Mathieu Bastareaud en se contentant de son impact dans les mêlées ouvertes. Tout va bien.

Enfin, lors du Tournoi des VI nations, les équipes Britanniques ont désormais pour consigne de jouer le plus possible pour fatiguer l’Équipe de France. Objectif : profiter des lacunes fitness des Bleus. Le sélectionneur Gallois s’en était d’ailleurs ouvert très clairement en conférence de presse. Comment leur donner tort, lorsqu’il suffit à une équipe plus faible comme le Japon d’aligner trois passes et de réduire les temps morts pour nous trimballer pendant 80 minutes ? 

Bagage technique de deuxième division, et encore

La technique est vue par l’ensemble des nations majeures du rugby comme la base du jeu. Toute la formation des équipes qui aujourd’hui nous surpassent a été axée dessus. Occasionnant des mues extraordinaires. L’Angleterre est sur le podium mondial en pratiquant un rugby magnifique fait de mouvement, de skills, et de préparation physique personnalisée poste par poste. Pour l’anecdote, les Britanniques disposent d’un nutritionniste par ligne… Fini le rugby à une passe d’il y a 15 ans. Aujourd’hui, le public vient voir jouer l’équipe d’Angleterre pour son beau jeu. De même avec l’Irlande, qui fait de la répétition des actions longues, construites, à plus de 10 passes, sa marque de fabrique. Ce qui leur a permis de battre pour la première fois de leur histoire les All Blacks il y a un an. Rien que ça. L’Argentine, connue pour un rugby plutôt pauvre fait d’occupation au pied, est devenue l’une des nations apôtres du beau jeu. Qui n’a pas en mémoire l’extraordinaire match livré face aux Irlandais il y a deux ans, permettant aux journalistes sportifs français ébahi de découvrir que cette équipe nous avait dépassé en qualité pure en à peine 10 ans. Leurs arrières sont frêles, nous rendent 20cm et 20kg, mais sont d’une explosivité et d’une technique admirable. Le Japon, métamorphosé par Eddie Jones aujourd’hui à la tête de l’équipe d’Angleterre (tiens donc…) impose un défi technique à ses adversaires avec un jeu de passes d’une précision d’orfèvre et des combinaisons millimétrées. 

Il faut donc absolument tirer la sonnette d’alarme. Car nos stades se vident là où partout le rugby attire de plus en plus. Ainsi, le nombre de licenciés baisse chaque année dans l’Hexagone, et le taux de remplissage des tribunes lors des matchs de l’équipe de France est en chute libre. À tel point que pour le dernier match des Bleus contre l’Afrique du Sud, l’anneau supérieur a failli être fermé, faute de spectateurs…

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Une réflexion sur “Ci-gît le rugby français

  1. Bravo pour ce post. Au niveau du physique, une « idée » un peu différente: les autres nations apprennent aussi à COURIR à leurs jeunes or chez nous, quel que soit le niveau, ils ne courent pas. A partir de M14, on leur fait faire de la muscu parfois mais ils ne tiennent pas un match en courant; Sans fond, sans bases d’athlétisme, rien ne peut se faire ensuite. Et tout ceci est encouragé par une majorité de dirigeants et parfois entraineurs « sachant avec gros bides bière et clope » qui bien sûr ne vont absolument pas voir ce qui se fait dans les autres sports où au même âge, les enfants et ados explosent physiquement leurs équivalents rugbymen.

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