Neymar, morte-saison

 

 

Napoléon en pire

Ne jouons pas au critique de bas-étage, Neymar en Ligue 1, c’est très bien. Pour la Ligue 1, c’est certain. Pour Neymar beaucoup moins, nous y reviendrons. Qui n’a pas ressenti au minimum une excitation curieuse à l’annonce du transfert du brésilien au PSG à l’été 2017 ? Neymar, c’est un style à part, une éclosion précoce au Brésil, une confirmation solide au Barça couronnée d’une Ligue des Champions en 2015, un brassard de capitaine en Seleçao, et une influence sur les réseaux sociaux que peu de joueurs peuvent égaler. On allait voir ce qu’on allait voir, et une partie de la presse française se demandait déjà quels seraient les objectifs futurs du PSG après avoir gagné la Ligue des Champions au printemps 2018.

On a vu. Et on n’a (presque) rien vu. Tout au plus Neymar a réussi a berner le contingent fourni de footix français à la culture sportive proche du néant, pour qui il suffit de 5 grigris à 60m du but pour crier au génie. Tout un public abruti par l’individualisme rampant qui gangrène totalement la pratique du football en France. Au pays des aveugles… Sans le savoir, Neymar a peut-être choisi la meilleure destination pour exprimer ses qualités individuelles : un pays qui a profondément ancré dans son imaginaire collectif la culture de l’exploit personnel, du sauveur, de l’icône touchée par la grâce. En France, on ne joue pas au football pour le collectif, on attend la chevauchée fantastique, le coup d’éclat individuel. Il faut un guide, un maître, un être d’exception. À cela on trouve des raisons historiques profondes, que le sport ne fait que retranscrire par écho sociologique. Bref, au pays de Bonaparte, Neymar se conduit en petit Napoléon, et la foule hébétée en redemande. 

 

 

Miroir, ô mon beau miroir déformant

Tout ce qu’a réussi à prouver la star brésilienne jusqu’à présent, c’est le niveau parfois affligeant d’une Ligue 1 à la ramasse dans à peu près tous les secteurs du football professionnel moderne. De la préparation physique, à la nutrition, en passant par la formation au jeu et à l’intelligence tactique, tout rejaillit dès lors qu’un joueur au-dessus du lot arrive. Neymar, qui reste malgré tous ses défauts un top player, n’a mis qu’un petit coup de brosse à reluire sur la faiblesse indigente de notre championnat. Faiblesse qu’on avait presque oubliée tant la saison dernière avait été porteuse d’espoirs. Les bourrins de la Ligue 1 ont fait flamber Neymar d’un feu artificiel. Sergio Ramos l’a éteint d’un souffle dédaigneux. Nous en sommes rendus au point que l’on n’aurait jamais dû perdre de vue : le football français souffre d’un retard terrible sur ses voisins européens, et si l’argent peut acheter des joueurs, il doit d’abord acheter de la compétence.

Je me souviens des après-matchs lors de l’arrivée de Neymar au PSG. Stéphane Guy en transe donnait du « génie brésilien » à tout-va, s’étouffant presque dans son inculture sportive (et je crois être fort aimable en ajoutant « sportive »). La presse bruissait de superlatifs, les journalistes rivalisaient de métaphores victorieuses. Sauf que les buts s’empilaient face à Dijon ou Amiens, et que les slaloms de Neymar ne masquaient que pour les imbéciles malheureux le niveau catastrophique de l’opposition offerte au Brésilien. Après tout, rien de neuf sous la grisaille de la Ligue 1. La presse sportive française, à de rares exceptions (RMC, pour être précis), méconnaît profondément l’Histoire du sport. Elle se contente de raconter des histoires et de submerger le public de statistiques. Là encore, Neymar ne pouvait pas tomber mieux.

 

 

PSG, mauvais endroit et mauvais moment

Je me souviens que le jour de la signature de Neymar au PSG, le cabinet d’agents pour lequel je travaillais n’avait pas vraiment participé de l’euphorie générale. Immédiatement, nos conversations tournèrent autour d’un axe : pourvu que Neymar ne soit pas un Ibrahimovic 2. Un joueur au-dessus du club, nuisant à son rendement à très haut niveau. Difficile de nous donner tort, une saison plus tard. Le PSG n’est pas encore un grand club. Il n’est pas prêt à mettre au pas des joueurs que le marketing a starifié avant le sportif. Son institution n’en est pas une, à la grande surprise d’un Unaï Emery dont tout le talent ne put suffire face à l’absurdité généralisée des coulisses du PSG. De A à Z ce club marche sur la tête. Le staff médical français est une honte absolue du sport de haut niveau. En témoigne le niveau physique de certains cadres du vestiaire, clope au bec. Le niveau d’encadrement est digne d’une classe verte aux Bahamas. Quant à la présidence… Elle se contente de bien cuisiner pour recevoir des joueurs à domicile, sans passer par l’entraineur. 

Ce contexte ne permet évidemment pas de cadrer un joueur comme Neymar, qui, tout Neymar qu’il est, n’est justement « que » Neymar. À savoir un joueur talentueux, mais dont les défauts prennent souvent le pas sur le génie. Malheureusement, l’époque a besoin d’histoires à raconter. Aussi l’on ferme les yeux sur la part d’ombre, jusqu’au jour où elle ressurgit. Forcément dans les moments où l’on ne peut mentir, et où l’aspect sportif écrase l’aspect marketing. La loi du terrain a cela de terrible qu’on ne peut y faire illusion très longtemps. Deux matchs en particulier ont retenu mon attention : face à la grosse équipe du Bayern en match retour de la phase poule de la Ligue des Champions et au match aller face au Real Madrid, en 8eme de finale de cette même Ligue des Champions. Quelle drôle d’image que celle d’une star portée aux nues se cassant les dents sur des Hummels, Boateng, Ramos et autres rocs défensifs. Quelle image saisissante que de comparer les 47 râteaux inutiles d’un joueur Youtube à la sobriété efficace d’un Isco, ou d’un Alcantara. Quel contraste dramatique entre une starlette bougonne n’effectuant aucun repli défensif à la perte du ballon, et un Asensio bourré de talent replié en position d’arrière-gauche dès que le jeu le demande. Lors de ces matchs là, ceux qui voulaient voir ont vu. 

Il manque un Puyol chevelu pour filer deux tartes à Neymar au bout de sa 30ème simulation. Il manque un CR7 pour montrer à Neymar que l’on ne feint pas une blessure avant l’anniversaire d’un ami au Brésil. Il manque un Messi pour montrer à Neymar qu’il est loin d’être le plus génial des joueurs de football. Il manque un Cambiasso, un Busquets, pour montrer à Neymar qu’on peut être élégant, technique, simple, et avoir une paire de couilles qui déborde du short. Au lieu de cela, on entend le père de Neymar geindre dans les médias, son pote Dani Alves exprimer des envies de retours au Barça, et Verratti fumer des clopes avec le médecin du club. Neymar peut continuer en paix d’insulter le football, ses coéquipiers sur le terrain, et l’institution inexistante du club : la remise en question, ça n’est pas pour demain, et je me demande si ce n’est pas une des raisons principales du choix du PSG pour le Brésilien.

 

 

À des années des lumières

Au fond, si Neymar a déjà réalisé de belles choses, il est très loin des meilleurs joueurs de l’Histoire de ce jeu. Son professionnalisme est douteux. Ses parties de poker à 2h du matin avant les matchs agacent, à juste titre. Ses abdos, saillants à Barcelone, ont disparu sous une petite couche de graisse : il n’est plus aussi sec, aussi fit. Il s’invente des blessures pour retourner au Brésil lorsqu’il en a envie. Je me souviens avoir croisé la bête à un concert de J Balvin, à Paris, deux jours après une prétendue blessure l’empêchant de jouer, dansant et sautant de partout… Et sur l’aspect footballistique pur, j’attends toujours que Neymar se hisse au niveau des plus grands. C’est évidemment une opinion toute personnelle, mais pour moi, Neymar ne sera jamais l’égal des plus grands du ballon rond. Messi s’est imposé dans un Barça supersonique à 17 ans, en éclaboussant de sa classe une équipe disposant des meilleurs joueurs à quasiment tous les postes de l’attaque. Neymar a quitté le Barça à 25 ans sans jamais avoir pu s’imposer par son talent face aux cadres du vestiaire. Neymar n’est pas Messi, il joue 2 divisions en-dessous. Cristiano Ronaldo marchait sur une Premier League hyper compétitive, avant de changer de club pour le meilleur championnat au monde. Neymar a quitté ce même championnat pour aller dominer la Ligue 1. Ronaldinho, à l’âge de Neymar, avait déjà un Ballon d’Or et une Coupe du Monde, et son influence sur le terrain était toute autre. Je me souviens de deux actions particulièrement révélatrices. Ronaldinho au Barça, en 2004, avait fait un contrôle du dos pour ouvrir le chemin des filets à un partenaire. Neymar, en 2017, a quant à lui annulé une action de but pour faire un contrôle du dos. Deux visions du football. N’en déplaise aux commentateurs béats, Ronaldinho avait un Neymar dans chaque orteil, avec le sourire. 

Plus qu’il n’y paraît, la Coupe du Monde qui arrive sera capitale pour Neymar. S’il réussit à la remporter, ou à y briller particulièrement, alors on pourra dire qu’il a franchi un pas dans sa carrière plus si jeune. S’il stagne, ce que je crains, il sera invité à déserter les pages de l’Histoire de ce sport, pour aller marketer en paix sur Instagram, à des années lumière de Cruyff, Ronnie, R9, CR7, Iniesta ou Messi.

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2 réflexions sur “Neymar, morte-saison

    • Hello, les « conneries », quelles sont-elles ? J’attends ici des arguments, pas des invectives. Pour ce qui est de la prétendue jalousie, ça situe le niveau de votre argumentaire…

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