Douter. Oui, mais pas n’importe comment

Pierre Guidez

 

Douter, c’est avancer

Le vélo peut être fier. Noble et droit, il peut sans peine se regarder dans une glace et contempler l’image qu’il renvoie. Celle d’un sport qui a compris, vite, bien, qu’il lui fallait évoluer. Celle d’un sport qui, envers et contre tous les oiseaux de mauvaise augure, a su évoluer. Ne bavardons pas, écrivons-le : le vélo est à la pointe de la lutte antidopage. Il aura fallu de la sueur et des larmes, mais la petite Reine porte fièrement une couronne de pionnier. Au prix de scandales, de suspicions et de flambées médiatiques, le vélo a accepté de subir les quolibets moqueurs et les clichés faciles pour faire sa révolution, en courbant l’échine.

Les grands leaders n’attaquent plus 5 fois à la suite, subissent des défaillances, connaissent des pics de formes logiques, souffrent. Les équipiers de 80kg ne font plus péter les grimpeurs colombiens de 60kg dès que la pente s’élève. Même le béotien le plus total ne peut ignorer les signes positifs (sans mauvais jeu de mots) que renvoie le cyclisme professionnel.

Aussi, n’ayons pas peur du doute. Le doute est une fierté toute cycliste. Soyons fiers que le vélo ose se remettre en question. Soyons fiers qu’après une performance extraordinaire, le monde du vélo se pose des questions. C’est le signe que notre sport, à l’inverse du rugby, du tennis ou du football ne met plus la poussière sous le tapis. Nous sommes d’une maturité que ces sports-là devrait nous envier. Ils n’ont pas fait leur Festina. Nous sommes à des années-lumière en avance. Supportons les rires moqueurs, les sous-entendus appuyés des journalistes persifleurs. Ils pensent nous moquer, ils ne font que renforcer cette évidence : nous, messieurs, avons mûri. À quand votre tour ?

Un postulat nécessaire : le respect

Une fois que l’on a posé cette quasi-nécessité de douter, il faut absolument lui accoler une deuxième nécessité primordiale : le respect des coureurs. Douter sans au préalable avoir félicité le champion pour son exploit, c’est douter pour faire mal. Surtout lorsque ce doute émane de journalistes à la résonnance énorme auprès des fans et des moins fans, dont l’approche du cyclisme sera malheureusement modelée par un doute cette fois-ci ravageur. Ce doute qui oublie qu’évoluent devant nos yeux un peloton constitué de coureurs parmi les meilleurs athlètes au monde.

J’ai suivi la même formation que nombre des journalistes sportifs que je vois à l’antenne, et je m’étonne fortement du manque absolu de professionnalisme à l’égard des cyclistes. Certains devraient se rappeler que les champions sont sur le vélo, pas derrière le micro. Et que la première chose due à un cycliste qui descend de vélo, qu’il s’appelle Moncoutié ou Ricco, c’est le respect. À chacun ses opinions, je le répète car parfois les positions comme la mienne laissent à penser qu’il faut s’opposer à ce qu’on soulève la question du dopage. Non, il faut soulever cette question, mais jamais sans avoir félicité le vainqueur, souligné sa performance, applaudi lorsqu’il passe la ligne. Et jamais, comme le fit constamment Patrick Chassé lors du commentaire du Giro 2018, en jouant au jeu dangereux du relativisme. Comme lorsqu’il tenta de comparer la suspension de Yates pour de la terbutaline, à la provisoire non suspension de Froome pour du salbutamol.

« Une toute petite gamelle » pour l’un, « une énorme casserole pour l’autre ». Un relativisme en tout point erroné, qui ne fait que souligner la terrible mission que se sont fixés certaines personnalités des médias : nuire publiquement à un coureur dès lors qu’il semble bon de tirer dessus à vue. Certains sont du côté des gentils, d’autres des méchants. Et l’on s’amuse à faire joujou avec l’opinion des gens par bêtise crasse, manque de professionnalisme, ignorance, en vomissant sur certains et en épargnant d’autres pour d’obscures raisons.

Le professionnalisme est un blanc-seing pour la critique. On peut tout critiquer, on doit tout critiquer. Mais cela n’a rien à voir avec le fait de mettre un contrat sur un coureur, et le descendre autant que faire se peut. Ces petits napoléons (sans talent) de la critique se foutent pas mal de savoir si au travers de leurs tirs arbitraires ils nuiront à l’image du vélo. Ces gens-là ne sont ni plus ni moins les fossoyeurs du vélo de notre temps, et pour en côtoyer certains en off, ne méritent que l’indifférence de ceux qui ont du talent, à savoir les coureurs.

L’ÉquipeTV, merci, mais…

Nous avons eu la chance de disposer d’une retransmission gratuite du Tour d’Italie. Très bien. Merci pour tout. Cependant, je ne crois pas que la gratuité justifie tout, et notamment que l’on taise des critiques violentes à l’égard de l’absolu manque d’objectivité de l’équipe de commentateurs vis-à-vis du déroulement de la course.

La ligne éditoriale franchouillarde et franchement chauvine est insupportable. En dehors du contrat mis sur la tête de Froome, j’ai par exemple noté la phrase hallucinante du présentateur du debrief, qui en parlant de Carapaz et de Lopez avait dit : « et les deux sud-américains, on en parle, ils sont agaçants ». Quelques minutes seulement après que Dumoulin avait déclaré comprendre que ces deux coureurs ne roulent pas. Voilà la différence entre un coureur qui sait de quoi il parle, et un journaliste simplement en colère que des coureurs aux stratégies différentes aient nuit à la course du chouchou Français de la chaîne. Cet exemple peut sembler anodin, mais il est révélateur. Je n’ai rien contre un brin de chauvinisme, et je gueule toujours un peu plus fort quand un Français lève les bras. En revanche, je refuse que par chauvinisme, des professionnels discréditent la performance d’autres coureurs. Cela dit tout du niveau de professionnalisme de ces gens-là.

Et puis par pitié, emmenez avec vous sur le Giro au moins une personne qui parle anglais. Quel manque de respect du téléspectateur que d’inventer des traductions en direct. D’une part, c’est prendre les gens pour des cons, en s’imaginant que ça passera inaperçu. D’autre part, c’est tout bonnement gâcher le temps précieux des coureurs, dont les périodes d’interview raccourcissent le temps de récupération. Goguenard, le présentateur du débrief lâchait après une interview de Simon Yates « bon on ne sait pas trop quelle langue il parle là Yates ». Si, on sait, c’est de l’anglais niveau troisième.

Un contrat sur Froome, ni plus, ni moins

Je n’ai plus aucun intérêt à défendre dans les médias. Aussi je me fous pas mal de citer les gens auxquels je fais référence. Guillou, Carrey, Chassé, Vildary. Voilà la clique de redresseurs de torts qui mine le vélo. Tous ne sont pas à classer dans le même panier, évidemment, mais certains sont parfaitement insupportables. Concentrons-nous donc sur le contrat que l’ÉquipeTV a cru bon de mettre sur la tête de Froome. Et autant le préciser tout de suite : je n’ai aucune affinité particulière avec ce coureur, j’aurais adoré que Dumoulin gagne, voire Lopez pour la Colombie. Je n’ai aucune idée de si Froome triche, ou non. Aussi, quand je ne sais pas, je regarde et j’essaye de penser calmement.

Je m’étonne donc du contrat mis sur la tête d’un coureur pour l’instant vierge de toute suspension. On ne pourra pas en dire autant de l’équipe Ag2r la Mondiale qui a multiplié les contrôles positifs (notamment à l’EPO) ces dernières années, et dont sort le consultant assis à côté de Patrick Chassé. Bizarrement, ça ne semble pas troubler Patrick plus que cela, lui qui multiplie pourtant les raccourcis faciles et les sous-entendus à l’endroit du Team Sky. Quid de Christophe Riblon si l’on appliquait les mêmes raisonnements à tout le monde, et pas uniquement à une équipe qui a le malheur de gagner en n’étant pas française ?

Même raisonnement en ce qui concerne Cyrille Guimard. Je n’ai rien contre Monsieur Guimard, et j’ai un immense respect pour l’œuvre sportive de l’homme. J’invite simplement chacun à relire l’excellent livre du regretté Philippe Gaumont, « Prisonnier du dopage », pour se faire une idée du personnage et de son rapport au dopage dans un cyclisme, il est vrai, d’une autre époque. Pour autant, voir Patrick Chassé s’exciter comme un beau diable sur les performances de Sky et partager la même cabine de commentateurs que Cyrille Guimard. Drôle de concept… Lorsqu’on veut comme Patrick jouer aux redresseurs de tort(s), il faut s’assurer d’être cohérent jusqu’au bout du bout. Sinon, avec un minimum d’intelligence, on ferme sa grande bouche. Encore faut-il en avoir. Et il est vrai que la dernière fois que je t’ai croisé, Patrick, ça n’était pas une démonstration de QI, dirons-nous. Tu avais remarqué mes marques de bronzage, aussi tu avais cru bon de faire semblant de me reconnaître d’un chaleureux « toi ici, quelle bonne surprise ». Ridicule. Et puis, en t’empiffrant au buffet, tu m’avais raconté tes moyennes à Longchamp… Avant de médire, pour être poli, sur des coureurs pros que pourtant tu salues bien bas quand tu les croises. Je m’en étais d’ailleurs immédiatement ouvert à un ancien coursier présent à ce buffet mondain. Il n’avait pas eu l’air surpris. Depuis, j’ai compris beaucoup de choses sur tes commentaires… biaisés, dirons-nous.

Je me souviens du debrief du Zoncolan où Patrick Chassé avait pour lubie de faire dire à tout le monde que Froome était suspect, en comparant son temps d’ascension à celui de Quintana quelques années plus tôt. Riblon le renvoie gentiment à ses chères études, en soulignant l’importance de remettre chaque course dans son contexte. Guimard idem. La responsable de la FDJ idem. En désespoir de cause, Patrick s’était tourné vers le présentateur, qui avait conclu le tour de table par un « vous avez entendu nos chroniqueurs, Froome suspect ». La fabrique de l’opinion…

Autre moment collector, après une accumulation incalculable de remarques sur les sautes de performance de Froome. Ce jour-là, on avait évoqué les sautes de performance somme toute comparables de Pinot. Guimard, un brin excédé par le vocabulaire polémique de Patrick Chassé, avait alors élevé la voix « Il faut faire attention aux mots que l’on choisit […] sinon pour lui aussi (Pinot) on va émettre des doutes ». Silence gêné. Chassé, pris à son propre jeu malsain, tente de rattraper la situation d’une pirouette. Facepalm. Tout le monde l’a compris : que vous soyez Français ou étranger, vous ne serez pas traité de la même façon par l’Équipe.

Un jour, il faudra dire tout haut que cette rédaction et sa ligne éditoriale douteuse est détestée par de très nombreux sportifs de haut niveau. Des gens de qualité y travaillent. Mais ils y côtoient la lie de la presse sportive. Au-delà du cyclisme, l’orientation biaisée de la couverture du football est terrible, et agace profondément les professionnels du sport. Vite, que quelqu’un d’autre rachète les droits TV du Giro, et qu’on nous évite le scandaleux parti pris d’éditocrates médiocres !

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